UN TEXTE PAR JOUR

PETITE ANTHOLOGIE EN VERS ET EN PROSE

jeudi 14 août 2008

Quelques jours de relâche,

et d'actualisation !

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dimanche 10 août 2008

"I Have a Dream" (+ trad.)

Martin Luther King, 1929-1968

(Vidéo du discours plus bas)

Pour lire le discours intégral et sa traduction,
cliquez sur le sigle :
NAACP

August 28, 1963, Lincoln Memorial, Washington DC.
[...]
Let us not wallow in the valley of despair, I say to you today, my friends.
And so even though we face the difficulties of today and tomorrow, I still have a dream. It is a dream deeply rooted in the American dream.
I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed: "We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal."
I have a dream that one day on the red hills of Georgia, the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at the table of brotherhood.
I have a dream that one day even the state of Mississippi, a state sweltering with the heat of injustice, sweltering with the heat of oppression, will be transformed into an oasis of freedom and justice.
I have a dream that my four little children will one day live in a nation where they will not be judged by the color of their skin but by the content of their character.
I have a dream today!
I have a dream that one day, down in Alabama, with its vicious racists, with its governor having his lips dripping with the words of "interposition" and "nullification" -- one day right there in Alabama little black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers.
I have a dream today!
I have a dream that one day every valley shall be exalted, and every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain, and the crooked places will be made straight; "and the glory of the Lord shall be revealed and all flesh shall see it together.
This is our hope, and this is the faith that I go back to the South with.
With this faith, we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope. With this faith, we will be able to transform the jangling discords of our nation into a beautiful symphony of brotherhood. With this faith, we will be able to work together, to pray together, to struggle together, to go to jail together, to stand up for freedom together, knowing that we will be free one day.
And this will be the day -- this will be the day when all of God's children will be able to sing with new meaning:
          My country 'tis of thee, sweet land of liberty, of thee I sing.
          Land where my fathers died, land of the Pilgrim's pride,
          From every mountainside, let freedom ring!

And if America is to be a great nation, this must become true.
And so let freedom ring from the prodigious hilltops of New Hampshire.
Let freedom ring from the mighty mountains of New York.
Let freedom ring from the heightening Alleghenies of Pennsylvania.
Let freedom ring from the snow-capped Rockies of Colorado.
Let freedom ring from the curvaceous slopes of California.
But not only that:
Let freedom ring from Stone Mountain of Georgia.
Let freedom ring from Lookout Mountain of Tennessee.
Let freedom ring from every hill and molehill of Mississippi.
From every mountainside, let freedom ring.
And when this happens, when we allow freedom ring, when we let it ring from every village and every hamlet, from every state and every city, we will be able to speed up that day when all of God's children, black men and white men, Jews and Gentiles, Protestants and Catholics, will be able to join hands and sing in the words of the old Negro spiritual:
          Free at last! Free at last!
          Thank God Almighty, we are free at last!

- - - - - - -

Le discours dans son intégralité :

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samedi 9 août 2008

Discours pour l'abolition de la peine de mort

Robert Badinter, 1928-

Consulter le dossier sur l'abolition de la peine de mort en France : le site du Sénat
(Lien vers la vidéo des débats plus bas)

Pour lire le discours de R. Badinter en entier,
cliquez sur le dessin :

PanchoPeinedemort
(Dessin : Pancho pour Charlie Hebdo)

Le 17 septembre 1981
    […] Monsieur le président, mesdames, messieurs les députés, j'ai l'honneur au nom du Gouvernement de la République, de demander à l'Assemblée nationale l'abolition de la peine de mort en France. […]
    Rien n'a été fait pendant les années écoulées pour éclairer cette opinion publique. Au contraire ! On a refusé l'expérience des pays abolitionnistes ; on ne s'est jamais interrogé sur le fait essentiel que les grandes démocraties occidentales, nos proches, nos sœurs, nos voisines, pouvaient vivre sans la peine de mort. On a négligé les études conduites par toutes les grandes organisations internationales, tels le Conseil de l'Europe, le Parlement européen, les Nations unies elles-mêmes dans le cadre du comité d'études contre le crime. On a occulté leurs constantes conclusions. Il n'a jamais, jamais été établi une corrélation quelconque entre la présence ou l'absence de la peine de mort dans une législation pénale et la courbe de la criminalité sanglante. On a, par contre, au lieu de révéler et de souligner ces évidences, entretenu l'angoisse, stimulé la peur, favorisé la confusion. On a bloqué le phare sur l'accroissement indiscutable, douloureux, et auquel il faudra faire face, mais qui est lié à des conjonctures économiques et sociales, de la petite et moyenne délinquance de violence, celle qui, de toute façon, n'a jamais relevé de la peine de mort. Mais tous les esprits loyaux s'accordent sur le fait qu'en France la criminalité sanglante n'a jamais varié – et même, compte tenu du nombre d'habitants, tend plutôt à stagner ; on s'est tu. En un mot, s'agissant de l'opinion, parce qu'on pensait aux suffrages, on a attisé l'angoisse collective et on a refusé à l'opinion publique les défenses de la raison. […]
    En vérité, la question de la peine de mort est simple pour qui veut l'analyser avec lucidité. Elle ne se pose pas en termes de dissuasion, ni même de technique répressive, mais en termes de choix politique ou de choix moral.
    Je l'ai déjà dit, mais je le répète volontiers au regard du grand silence antérieur : le seul résultat auquel ont conduit toutes les recherches menées par les criminologues est la constatation de l'absence de lien entre la peine de mort et l'évolution de la criminalité sanglante. Je rappelle encore à cet égard les travaux du Conseil de l'Europe de 1962 ; le Livre blanc anglais, prudente recherche menée à travers tous les pays abolitionnistes avant que les Anglais ne se décident à abolir la peine de mort et ne refusent depuis lors, par deux fois, de la rétablir ; le Livre blanc canadien, qui a procédé selon la même méthode ; les travaux conduits par le comité pour la prévention du crime créé par l'O.N.U., dont les derniers textes ont été élaborés l'année dernière à Caracas ; enfin, les travaux conduits par le Parlement européen, […], et qui ont abouti à ce vote essentiel par lequel cette assemblée, au nom de l'Europe qu'elle représente, de l'Europe occidentale bien sûr, s'est prononcée à une écrasante majorité pour que la peine de mort disparaisse de l'Europe. Tous, tous se rejoignent sur la conclusion que j'évoquais.
    Il n'est pas difficile d'ailleurs, pour qui veut s'interroger loyalement, de comprendre pourquoi il n'y a pas entre la peine de mort et l'évolution de la criminalité sanglante ce rapport dissuasif que l'on s'est si souvent appliqué à chercher sans trouver sa source ailleurs, et j'y reviendrai dans un instant. Si vous y réfléchissez simplement, les crimes les plus terribles, ceux qui saisissent le plus la sensibilité publique – et on le comprend – ceux qu'on appelle les crimes atroces sont commis le plus souvent par des hommes emportés par une pulsion de violence et de mort qui abolit jusqu'aux défenses de la raison. A cet instant de folie, à cet instant de passion meurtrière, l'évocation de la peine, qu'elle soit de mort ou qu'elle soit perpétuelle, ne trouve pas sa place chez l'homme qui tue. […]
    Il s'agit bien, en définitive, dans l'abolition, d'un choix fondamental, d'une certaine conception de l'homme et de la justice. Ceux qui veulent une justice qui tue, ceux-là sont animés par une double conviction : qu'il existe des hommes totalement coupables, c'est-à-dire des hommes totalement responsables de leurs actes, et qu'il peut y avoir une justice sûre de son infaillibilité au point de dire que celui-là peut vivre et que celui-là doit mourir.
    A cet âge de ma vie, l'une et l'autre affirmations me paraissent également erronées. Aussi terribles, aussi odieux que soient leurs actes, il n'est point d'hommes en cette terre dont la culpabilité soit totale et dont il faille pour toujours désespérer totalement. Aussi prudente que soit la justice, aussi mesurés et angoissés que soient les femmes et les hommes qui jugent, la justice demeure humaine, donc faillible. […]
    Demain, grâce à vous la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n'y aura plus, pour notre honte commune, d'exécutions furtives, à l'aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées.
    A cet instant plus qu'à aucun autre, j'ai le sentiment d'assumer mon ministère, au sens ancien, au sens noble, le plus noble qui soit, c'est-à-dire au sens de "service". Demain, vous voterez l'abolition de la peine de mort. Législateur français, de tout mon cœur, je vous en remercie.

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Voir la vidéo des débats en entier, sur le site de l'INA

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vendredi 8 août 2008

Nobel Peace Prize Acceptance Speech (+ trad.)

Tenzin Gyatso (14e Dalai Lama), 1935-

Le 10 décembre 1989, le 14e Dalaï Lama reçoit le prix Nobel de la Paix à Oslo. Voici un large extrait de son discours.
(Traductions en français plus bas)

Pour lire le discours dans son intégralité,
cliquez sur la photo :
tibet_symbole_200
(Photo Reuters : Manifestations à Dharamsala, Inde, mars 2008)

    Your Majesty, Members of the Nobel Committee, Brothers and Sisters:
    I am very happy to be here with you today to receive the Nobel Prize for Peace. I feel honoured, humbled and deeply moved that you should give this important prize to a simple monk from Tibet. I am no one special. But, I believe the prize is a recognition of the true values of altruism, love, compassion and nonviolence which I try to practise, in accordance with the teachings of the Buddha and the great sages of India and Tibet.
    I accept the prize with profound gratitude on behalf of the oppressed everywhere and for all those who struggle for freedom and work for world peace. I accept it as a tribute to the man who founded the modern tradition of nonviolent action for change - Mahatma Gandhi - whose life taught and inspired me. And, of course, I accept it on behalf of the six million Tibetan people, my brave countrymen and women inside Tibet, who have suffered and continue to suffer so much. They confront a calculated and systematic strategy aimed at the destruction of their national and cultural identities. The prize reaffirms our conviction that with truth, courage and determination as our weapons, Tibet will be liberated.
    No matter what part of the world we come from, we are all basically the same human beings. We all seek happiness and try to avoid suffering. We have the same basic human needs and concerns. All of us human beings want freedom and the right to determine our own destiny as individuals and as peoples. That is human nature. The great changes that are taking place everywhere in the world, from Eastern Europe to Africa, are a clear indication of this.
    In China the popular movement for democracy was crushed by brutal force in June this year. But I do not believe the demonstrations were in vain, because the spirit of freedom was rekindled among the Chinese people and China cannot escape the impact of this spirit of freedom sweeping many parts of the world. The brave students and their supporters showed the Chinese leadership and the world the human face of that great nation.
    Last week a number of Tibetans were once again sentenced to prison terms of up to nineteen years at a mass show trial, possibly intended to frighten the population before today's event. Their only "crime" was the expression of the widespread desire of Tibetans for the restoration of their beloved country's independence.
    The suffering of our people during the past forty years of occupation is well documented. Ours has been a long struggle. We know our cause is just. Because violence can only breed more violence and suffering, our struggle must remain nonviolent and free of hatred. We are trying to end the suffering of our people, not to inflict suffering upon others.
    It is with this in mind that I proposed negotiations between Tibet and China on numerous occasions. In 1987, I made specific proposals in a five-point plan for the restoration of peace and human rights in Tibet. This included the conversion of the entire Tibetan plateau into a Zone of Ahimsa, a sanctuary of peace and nonviolence where human beings and nature can live in peace and harmony.
    Last year, I elaborated on that plan in Strasbourg, at the European Parliament. I believe the ideas I expressed on those occasions are both realistic and reasonable, although they have been criticised by some of my people as being too conciliatory. Unfortunately, China's leaders have not responded positively to the suggestions we have made, which included important concessions. If this continues we will be compelled to reconsider our position.
    Any relationship between Tibet and China will have to be based on the principle of equality, respect, trust and mutual benefit. It will also have to be based on the principle which the wise rulers of Tibet and of China laid down in a treaty as early as 823 A.D., carved on the pillar which still stands today in front of the Jo-khang, Tibet's holiest shrine, in Lhasa, that "Tibetans will live happily in the great land of Tibet, and the Chinese will live happily in the great land of China".
      [...]
      I pray for all of us, oppressor and friend, that together we succeed in building a better world through human understanding and love, and that in doing so we may reduce the pain and suffering of all sentient beings.
    Thank you.

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Traduction personnelle : ICI (indulgence quant aux inexactitudes)
Un lien vers ce qui est présenté comme le discours d'acceptation en français, mais qui ne correspond pas à une traduction de la version publiée dans les archives du Nobel Prize :
ICI

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jeudi 7 août 2008

"Ich bin ein Berliner" Speech (+ trad.)

John Fitzgerald Kennedy, 1917-1963

(Vidéo plus bas)

Pour lire la traduction* d'extraits en français,
cliquez sur la photo :

MurBerlin
(Chute du Mur de Berlin, Nov. 1989)

June 26, 1963 - West Berlin
    I am proud to come to this city as the guest of your distinguished Mayor, who has symbolized throughout the world the fighting spirit of West Berlin. And I am proud to visit the Federal Republic with your distinguished Chancellor who for so many years has committed Germany to democracy and freedom and progress, and to come here in the company of my fellow American, General Clay, who has been in this city during its great moments of crisis and will come again if ever needed.
    Two thousand years ago, two thousand years ago, the proudest boast was "civis Romanus sum." Today, in the world of freedom, the proudest boast is "Ich bin ein Berliner." (I appreciate my interpreter translating my German.)
    There are many people in the world who really don't understand, or say they don't, what is the great issue between the free world and the Communist world. Let them come to Berlin. There are some who say that communism is the wave of the future. Let them come to Berlin. And there are some who say, in Europe and elsewhere, we can work with the Communists. Let them come to Berlin.
    And there are even a few who say that it is true that communism is an evil system, but it permits us to make economic progress. Laß' sie nach Berlin kommen. Let them come to Berlin.
    Freedom has many difficulties and democracy is not perfect. But we have never had to put a wall up to keep our people in to prevent them from leaving us. I want to say on behalf of my countrymen who live many miles away on the other side of the Atlantic, who are far distant from you, that they take the greatest pride, that they have been able to share with you, even from a distance, the story of the last 18 years. I know of no town, no city, that has been besieged for 18 years that still lives with the vitality and the force, and the hope, and the determination of the city of West Berlin.
    While the wall is the most obvious and vivid demonstration of the failures of the Communist system for all the world to see we take no satisfaction in it for it is, as your Mayor has said, an offense not only against history but an offense against humanity, separating families, dividing husbands and wives and brothers and sisters, and dividing a people who wish to be joined together.
    What is true of this city is true of Germany: Real, lasting peace in Europe can never be assured as long as one German out of four is denied the elementary right of free men, and that is to make a free choice. In 18 years of peace and good faith, this generation of Germans has earned the right to be free, including the right to unite their families and their nation in lasting peace, with good will to all people.
    You live in a defended island of freedom, but your life is part of the main. So let me ask you, as I close, to lift your eyes beyond the dangers of today, to the hopes of tomorrow, beyond the freedom merely of this city of Berlin, or your country of Germany, to the advance of freedom everywhere, beyond the wall to the day of peace with justice, beyond yourselves and ourselves to all mankind.
    Freedom is indivisible, and when one man is enslaved, all are not free. When all are free, then we can look forward to that day when this city will be joined as one and this country and this great Continent of Europe in a peaceful and hopeful globe. When that day finally comes, as it will, the people of West Berlin can take sober satisfaction in the fact that they were in the front lines for almost two decades.
    All free men, wherever they may live, are citizens of Berlin.
    And, therefore, as a free man, I take pride in the words "Ich bin ein Berliner."

*d'après une traduction anonyme trouvée sur plusieurs sites.

Ecouter JF Kennedy :

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mercredi 6 août 2008

"It is an ideal for which I am prepared to die" Speech (+ trad.)

Nelson Mandela, 1918-

En 1962, N. Mandela est arrêté par la police sud-africaine pour son opposition au gouvernement blanc et sa politique de discrimination raciale, politique et économique, l'apartheid (= régime de séparation). En 1964, il est accusé en sus de sabotage, haute trahison et conspiration pour renverser le gouvernement. Le document qui suit est un extrait (la fin) de son allocution à la barre des accusés lors du procès de 1964.
(Intégralité du discours : plus bas.)

Pour lire la traduction* en français de l'extrait,
cliquez sur la photo :
NelsonMandela
(Libération de Mandela, London Herald, 2/2/90)

April 20, 1964
    [...] Africans want to be paid a living wage. Africans want to perform work which they are capable of doing, and not work which the Government declares them to be capable of. Africans want to be allowed to live where they obtain work, and not be endorsed out of an area because they were not born there. Africans want to be allowed to own land in places where they work, and not to be obliged to live in rented houses which they can never call their own. Africans want to be part of the general population, and not confined to living in their own ghettoes. African men want to have their wives and children to live with them where they work, and not be forced into an unnatural existence in men's hostels. African women want to be with their menfolk and not be left permanently widowed in the Reserves. Africans want to be allowed out after eleven o'clock at night and not to be confined to their rooms like little children. Africans want to be allowed to travel in their own country and to seek work where they want to and not where the Labor Bureau tells them to. Africans want a just share in the whole of South Africa; they want security and a stake in society.
    Above all, we want equal political rights, because without them our disabilities will be permanent. I know this sounds revolutionary to the whites in this country, because the majority of voters will be Africans. This makes the white man fear democracy.
    But this fear cannot be allowed to stand in the way of the only solution which will guarantee racial harmony and freedom for all. It is not true that the enfranchisement of all will result in racial domination. Political division, based on color, is entirely artificial and, when it disappears, so will the domination of one color group by another. The ANC has spent half a century fighting against racialism. When it triumphs it will not change that policy.
    This then is what the ANC is fighting. Their struggle is a truly national one. It is a struggle of the African people, inspired by their own suffering and their own experience. It is a struggle for the right to live.
    During my lifetime I have dedicated myself to this struggle of the African people. I have fought against white domination, and I have fought against black domination. I have cherished the ideal of a democratic and free society in which all persons live together in harmony and with equal opportunities. It is an ideal which I hope to live for and to achieve. But if needs be, it is an ideal for which I am prepared to die.

A l'issue du procès, il est reconnu coupable de toutes les charges présentées contre lui et condamné à la prison à perpétuité.

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L'intégralité du discours : ICI
*Traduction personnelle de l'extrait proposé (indulgence pour les inexactitudes s'il vous plaît)

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mardi 5 août 2008

Discours sur le colonialisme

Aimé Césaire, 1913-2008

Pour accéder à la page "Aimé Césaire" sur Présence Africaine, cliquer sur la photo :
1er_congr_s__crivains_noirs_1956
(1er Congrès des écrivains et artistes noirs, La Sorbonne, 1956)

   Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.
    Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.
    Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde.
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    La colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l'abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral [...] Au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et "interrogés", de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l'Europe, et le progrès, lent, mais sûr, de l'ensauvagement du continent.
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    Colonisation : tête de pont dans une civilisation de la barbarie d'où, à n'importe quel moment, peut déboucher la négation pure et simple de la civilisation.
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    La colonisation, je le répète, déshumanise l'homme même le plus civilisé ; [...] l'action coloniale, l'entreprise coloniale, la conquête coloniale, fondée sur le mépris de l'homme indigène et justifiée par ce mépris, tend inévitablement à modifier celui qui l'entreprend ; [...] le colonisateur, qui, pour se donner bonne conscience, s'habitue à voir dans l'autre la bête, s'entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-même en bête.
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    Entre colonisateur et colonisé, il n'y a de place que pour la corvée, l'intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies. [...] J'entends la tempête. On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, des cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées. On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer. Moi, je parle de milliers d'hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l'heure où j'écris, sont en train de creuser à la main le port d'Abidjan. Je parle de millions d'hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme. On m'en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d'hectares d'oliviers ou de vignes plantés. Moi, je parle d'économies naturelles, d'économies harmonieuses et viables, d'économies à la mesure de l'homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières.
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    Et alors, me dira-t-on, le vrai problème est de revenir [aux vieilles civilisations nègres]. Non, je le répète. Nous ne sommes pas les hommes du « ou ceci ou cela ». Pour nous, le problème n'est pas d'une utopique et stérile tentative de réduplication, mais d'un dépassement. Ce n'est pas une société morte que nous voulons faire revivre. Nous laissons cela aux amateurs d'exotisme. Ce n'est pas davantage la société coloniale actuelle que nous voulons prolonger, la plus carne qui ait jamais pourri sous le soleil. C'est une société nouvelle qu'il nous faut, avec l'aide de tous nos frères esclaves, créer, riche de toute la puissance productive moderne, chaude de toute la fraternité antique.

(in Discours sur le colonialisme, 1955, édition Présence Africaine 1989)

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lundi 4 août 2008

Blowin' in the wind

Bob Dylan, 1941-

Pour lire la présentation de cette chanson et sa traduction*, cliquez sur la photo :
dylanbaez
(Joan Baez & Bob Dylan, March on Washington, August 1963)

How many roads must a man walk down
Before you call him a man?
Yes, 'n' how many seas must a white dove sail
Before she sleeps in the sand?
Yes, 'n' how many times must the cannon balls fly
Before they're forever banned?
The answer, my friend, is blowin' in the wind,
The answer is blowin' in the wind.

How many times must a man look up
Before he can see the sky?
Yes, 'n' how many ears must one man have
Before he can hear people cry?
Yes, 'n' how many deaths will it take till he knows
That too many people have died?
The answer, my friend, is blowin' in the wind,
The answer is blowin' in the wind.

How many years can a mountain exist
Before it's washed to the sea?
Yes, 'n' how many years can some people exist
Before they're allowed to be free?
Yes, 'n' how many times can a man turn his head,
Pretending he just doesn't see?
The answer, my friend, is blowin' in the wind,
The answer is blowin' in the wind.

(1er enregistrement : album Freewheelin', 1963)

*Traduction : www.bobdylan-fr.com 

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Ecouter une version de derrière les fagots :

boomp3.com 

Ecouter Dylan et Joan Baez :

boomp3.com

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Une semaine "ouverture" du 4 au 10

MagritteLaVictoire"Ouverture", un mot qui fait rêver... ou grincer des dents selon le contexte.
Le 8 août aura lieu la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin -- en fait, ils auront commencé dès le 6, avec le foot.

Le rapport avec cette anthologie ? Assez simple, somme toute : l'envie depuis quelque temps de "travailler" sur le discours. J'aurais pu choisir le discours en général, mais l'occasion était trop belle -- ou trop moche, plutôt -- pour ne pas revenir sur certains textes qui ont marqué directement ou indirectement la 2ème moitié du XXe siècle.

Cette semaine est donc axée autour de discours non pas littéraires en eux-mêmes -- quoique -- mais engagés : une chanson et six textes, couvrant quatre continents, entre 1950 et 1989, pas présentés chronologiquement, mais pas non plus au petit bonheur la chance. Une fois n'est pas coutume, tous les textes en anglais sont traduits*, au moins en partie, et ceux qui ne sont présentés que sous forme d'extraits sont en lien avec le texte complet correspondant, sauf un.

Comme pour le reste de ce blog, j'ai été amenée à sélectionner certains passages en sus de faire le tri dans un corpus assez large. Il s'agit de choix personnels, d'autres auraient pu être faits !

Quelques synonymes en vrac :
Ouverture
1/
porte : lucarne, judas, vasistas, hublot, oeil-de-boeuf, embrasure, meurtrière, percée, accès, entrée, passage, baie, fenêtre, issue, sortie, brèche, trou ; 2/ écartement : entrebâillement; 3/ commencement : début, prémices, inauguration, création, lancement, départ ; 4/ [pl] proposition : avances, offre, opportunité, débouché.
Cérémonie
1/ fête : gala, réception, commémoration, défilé, anniversaire, célébration, office, hommage ; 2/ [péj] affectation : façons, allure, singeries, chichis, comportement, manières, simagrées, minauderies, air, embarras.

[Tableau : Magritte, La Victoire]

*Je rappelle que je ne suis pas traductrice et que les quelques traductions personnelles proposées ne sont pas infaillibles.

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dimanche 3 août 2008

4th of July, Asbury Park (Sandy)

Bruce Springsteen, 1949-

madammarieSandy the fireworks are hailin' over Little Eden tonight
Forcin' a light into all those stoned-out faces left stranded on this Fourth of July
Down in town the circuit's full with switchblade lovers so fast so shiny so sharp
And the wizards play down on Pinball Way on the boardwalk way past dark
And the boys from the casino dance with their shirts open like Latin lovers along the shore
Chasin' all them silly New York girls

Sandy the aurora is risin' behind us
The pier lights our carnival life forever
Love me tonight for I may never see you again
Hey Sandy girl

Now the greasers they tramp the streets or get busted for trying to sleep on the beach all night
Them boys in their spiked high heels ah Sandy their skins are so white
And me I just got tired of hangin' in them dusty arcades bangin' them pleasure machines
Chasin' the factory girls underneath the boardwalk where they promise to unsnap their jeans
And you know that tilt-a-whirl down on the south beach drag
I got on it last night and my shirt got caught
And that Joey kept me spinnin' I didn't think I'd ever get off

Oh Sandy the aurora is risin' behind us
The pier lights our carnival life on the water
Runnin' down the beach at night with my boss's daughter
Well he ain't my boss no more Sandy

Sandy, the angels have lost our desire for us
I spoke to 'em just last night and they said they won't set themselves on fire for us anymore
Every summer when the weather gets hot they ride that road down from heaven on their Harleys they come and they go
And you can see 'em dressed like stars in all the cheap little seashore bars parked making love with their babies out on the Kokomo
Well the cops finally busted Madame Marie for tellin' fortunes better than they do
This boardwalk life for me is through
You know you ought to quit this scene too

Sandy the aurora's rising behind us, the pier lights our carnival life forever
Oh love me tonight and I promise I'll love you forever

(The Wild, the Innocent and the E Street Shuffle, 1973)

[Photo : Madam Marie, Asbury Park, at Experience the Shore]

Ecouter et regarder The Boss :

(Live at Hammersmith Odeon, 1975)

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samedi 2 août 2008

The Hunchback in the Park

Dylan Thomas, 1914-1953

The hunchback in the park
A solitary mister
Propped between trees and water
From the opening of the garden lock
That lets the trees and water enter
Until the Sunday sombre bell at dark

Eating bread from a newspaper
Drinking water from the chained cup
That the children filled with gravel
In the fountain basin where I sailed my ship
Slept at night in a dog kennel
But nobody chained him up.

Like the park birds he came early
Like the water he sat down
And Mister they called Hey mister
The truant boys from the town
Running when he had heard them clearly
On out of sound

Past lake and rockery
Laughing when he shook his paper
Hunchbacked in mockery
Through the loud zoo of the willow groves
Dodging the park keeper
With his stick that picked up leaves.

And the old dog sleeper
Alone between nurses and swans
While the boys among willows
Made the tigers jump out of their eyes
To roar on the rockery stones
And the groves were blue with sailors

Made all day until bell time
A woman figure without fault
Straight as a young elm
Straight and tall from his crooked bones
That she might stand in the night
After the locks and chains

All night in the unmade park
After the railings and shrubberies
The birds the grass the trees the lake
And the wild boys innocent as strawberries
Had followed the hunchback
To his kennel in the dark.

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vendredi 1 août 2008

Délà la nuit en son parc amassait

Joachim du Bellay, 1522-1560

Déjà la nuit en son parc amassait
Un grand troupeau d'étoiles vagabondes,
Et, pour entrer aux cavernes profondes,
Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassait ;

Déjà le ciel aux Indes rougissait,
Et l'aube encor de ses tresses tant blondes
Faisant grêler mille perlettes rondes,
De ses trésors les prés enrichissait :

Quand d'occident, comme une étoile vive,
Je vis sortir dessus ta verte rive,
O fleuve mien ! une nymphe en riant.

Alors, voyant cette nouvelle Aurore,
Le jour honteux d'un double teint colore
Et l'Angevin et l'indique orient.

(in L'Olive)

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jeudi 31 juillet 2008

Dancing in the dark

Fred Astaire et Cyd Charisse

(Band Wagon / Tous en scène, Vincente Minnelli, 1953)

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mercredi 30 juillet 2008

Colloque sentimental

Paul Verlaine, 1844-1896

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

- Te souvient-il de notre extase ancienne?
- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois-tu mon âme en rêve? - Non.

Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.

- Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !
- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

(in Fêtes galantes)

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mardi 29 juillet 2008

Arlington Park (incipit)

Rachel Cusk, 1967-

Toute la nuit la pluie tomba sur Arlington Park.
Les nuages arrivèrent de l'ouest : des nuages pareils à de sombres cathédrales, des nuages pareils à des machines, des nuages pareils à des bourgeons noirs fleurissant dans le ciel aride illuminé d'étoiles. Ils arrivèrent sur la campagne anglaise, plongée dans son sommeil agité. Ils arrivèrent sur les collines basses et populeuses où des éparpillements de lumières palpitaient dans l'obscurité. A minuit, ils atteignirent la ville qui scintillait vaillamment dans son bassin provincial. Discrètement, ils s'épanouirent telle une seconde ville aérienne, s'épaississant, s'étendant, dressant leurs monuments sauvages, leurs tours, leurs monstrueux palais de nuages inhabités.
A Arlington Park, les gens dormaient. Çà et là les maisons laissaient apparaître un carré orange de lumière. Les voitures se traînaient le long des rues désertes. Un chat sauta d'un mur et se coula parmi les ombres. En silence, les nuages emplirent le ciel. Le vent se leva. Il secoua légèrement les branches des arbres et, dans le parc sombre et vide, les balançoires s'agitèrent un peu d'avant en arrière. Une poignée de feuilles mortes bruissa sur un trottoir. En ville il y avait encore des gens dans les rues, mais à Arlington Park, ils étaient dans leurs lits, déjà abandonnés au lendemain.

(in Arlington Park, 2006. Trad. de l'anglais par J. Demazères pour les éditions de l'Olivier, 2007)

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lundi 28 juillet 2008

Lunar Park (fin)

Bret Easton Ellis, 1964-

Dans le bateau de pêche qui nous a emmenés au-delà des brisants sur le Pacifique, nous avons finalement accordé le repos à mon père. Au moment où les cendres se sont envolées dans l’air marin, elles se sont déployées dans le vent et mises à revenir vers nous, retombant dans le passé et recouvrant les visages qui y traînaient encore, couvrant tout de leur poussière, et puis les cendres ont fait naître un prisme et commencé à former des figures et à refléter les hommes et les femmes qui avaient créé lui et moi et Robby. Elles se sont déplacées au-dessus du sourire d’une mère et elles ont projeté une ombre sur la main tendue d’une sœur et elles ont dérivé au-delà de toutes les choses que tu voulais partager avec tout le monde. Je veux te montrer quelque chose, murmuraient les cendres. Tu regardais les cendres continuer à s’élever et à danser à travers une multitude d’images du passé, replongeant et puis remontant dans l’air, et les cendres se sont élevées au-dessus d’un jeune couple, les yeux au ciel et puis la femme a dévisagé l’homme et il avait une fleur à la main et les cœurs battaient fort en s’ouvrant lentement et les cendres sont tombées en travers de leur premier baiser et puis sur un jeune couple poussant un bébé dans sa poussette au Farmer’s Market et finalement, les cendres ont virevolté à travers un jardin et ont été chassées en direction du stuc rose de la première – et unique – maison qu’ils avaient achetée ensemble, dans une rue appelée Valley Vista, et puis les cendres ont tourbillonné dans un couloir et derrière les portes se trouvaient les enfants, et les cendres ont croisé des ballons dans l’air et ont soufflé doucement sur les flammes des bougies dansant délicatement sur le gâteau acheté chez le pâtissier sur la table de la cuisine le jour de ton anniversaire, et elles ont gravité autour de l’arbre de Noël qui était au centre de la salle de séjour et ont fait pâlir les petites lumières colorées suspendues à l’arbre, et les cendres ont suivi le vélo de course sur lequel tu pédalais quand tu avais cinq ans, et puis elles ont dérivé vers le toboggan jaune et mouillé sur lequel tes sœurs et toi jouiez, et elles ont flotté dans l’atmosphère et atterri sur les frondaisons des palmiers entourant la maison et un verre de lait que tu tenais, enfant, et ta mère en robe de chambre te surveillant pendant que tu nageais dans une petite piscine d’eau claire et une pellicule de cendres se déposait à la surface, et ton père te jetait dans la piscine et tu éclaboussais joyeusement tout autour et on entendait une chanson pendant qu’une famille roulait vers le désert (Someone saved my life tonight, dit l’écrivain) et les cendres tachaient les Polaroïds de ta mère et de ton père, jeunes parents, et tous les endroits où nous sommes allés en famille et la petite piscine continuait à faire de la vapeur derrière eux avec l’odeur des gardénias montant dans l’air de la nuit, vacillant dans la chaleur, et il y avait un petit golden retriever, un chiot, adorable, bondissant à côté de la piscine, extatique, courant après le Frisbee, et les cendres ont recouvert les Lego qui étaient étalés devant toi et le matin il y avait ta mère qui faisait au-revoir de la main et t’appelait doucement, et les cendres continuaient à tournoyer dans l’espace avec des enfants qui leur couraient après et elles ont couvert de poussière les touches du piano sur lequel tu jouais et le jeu de backgammon sur lequel ton père et toi vous affrontiez, et elles ont atterri sur le rivage à Hawaï dans une photo des montagnes partiellement cachées par le reflet sur l’objectif et elles ont assombri un coucher de soleil orange au-dessus des dunes ondulées de Monterey et elles se sont mises à pleuvoir sur les tentes roses d’un cirque et une grande roue à Topanga Canyon et elles ont noirci une croix blanche qui se dressait sur une colline à Cabo San Lucas, et elles se sont cachées à l’intérieur des pièces de la maison de Valley Vista et derrière la rangée de portraits de famille, dérivant sur tous les rendez-vous annulés et les avions ratés, les désirs non exaucés et les déceptions confirmées, et très vite elles ont recouvert tous les miroirs dans toutes les pièces où nous vivions, nous cachant nos propres imperfections au moment où les cendres ont circulé dans nos veines, et elles ont suivi le garçon sombre qui s’est enfui, le fils qui a découvert ce que tu es, et tout le monde était trop jeune pour comprendre que notre vie se repliait sur elle-même – c’était tellement idiot et touchant de penser à un moment donné que, d’une certaine façon, nous serions tous épargnés, mais les cendres ont continué à progresser et recouvert une ville entière avec un nuage s’éloignant poussé par le vent et ne cessant de monter et les images ont commencé à devenir plus petites et je pouvais voir la petite ville où il était né alors que les cendres passaient au-dessus des montagnes du Nevada, se mélangeant à la neige qui tombait là et qu’elles traversaient une rivière, et puis j’ai vu mon père marcher vers moi – il était de nouveau enfant et il souriait et il m’offrait une orange qu’il tenait des deux mains, tandis que les chiens de chasse de mon grand-père couraient de l’autre côté de la voie ferrée après les cendres se déposant sur leur pelage, et les cendres se sont mises à déteindre dans les images et ont dérivé vers sa mère pendant qu’elle dormait et ont recouvert le visage de mon fils qui rêvait de la lune et dans son rêve elles en assombrissaient la surface en volant au-dessus d’elle, mais après leur passage, la lune était plus brillante que jamais, et les cendres sont tombées en pluie vers la terre, virevoltantes, scintillantes à présent, et bientôt ont été absorbées au sein d’une vision de lumière dans laquelle les images ont commencé à se désagréger. Les cendres s’effondraient sur tout et suivaient les répercussions. Elles étaient tamisées au-dessus des tombes de ses parents et finalement elles entraient dans le monde froid, éclairé, des morts où elles perlaient de l’autre côté des enfants qui se trouvaient dans le cimetière et puis quelque part à l’autre bout du Pacifique – après être passées, en les froissant, sur les pages de ce livre, se répandant  sur les mots et en créant de nouveau – elles ont commencé à sortir du texte, se perdant quelque part hors de ma portée, et puis elles ont disparu, et le soleil a changé de position et le monde a oscillé et puis il est passé à autre chose, et même si tout était fini, quelque chose de nouveau avait été conçu. La mer a atteint le bord d’une terre où une famille, en silhouette, nous regardait jusqu’à ce que le brouillard les dissimule. A ceux d’entre nous qui sont distancés : je me souviendrai de vous, vous étiez ceux dont j’avais besoin, je vous ai aimés dans mes rêves.

(in Lunar Park, 2005, pp. 469 à 472 de l’édition Pocket de 2007)

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jeudi 24 juillet 2008

Le Roman de la Rose (incipit)

Guillaume de Lorris, c. 1200-c. 1238

Ci est le Roman de la Rose,
Où l'art d'Amour est toute enclose.

roman_de_la_roseMaintes gens disent que les songes
Ne sont que fables et mensonges ;
Mais on peut tel songe songer,
Qui ne soit certes mensonger
Et par la suite vrai se treuve.
Moult évidente en est la preuve
Dans la fameuse vision
Advenue au roi Scipion,
Dont Macrobe écrivit l'histoire ;
Car aux songes il daignait croire.
Bien plus, si quelqu'un pense ou dit
Que soit sottise ou fol esprit
De croire qu'ils se réalisent,
Eh bien, que ceux-là fol me disent ;
Car je crois, moi, sincèrement
Qu'un songe est l'avertissement
Des biens et maux qui nous attendent ;
Et maints avoir songé prétendent
La nuit choses confusément,
Qu'on voit ensuite clairement.

J'avais vingt ans ; c'est à cet âge
Qu'Amour prend son droit de péage
Sur les jeunes coeurs. Sur mon lit
Étendu j'étais une nuit,
Et dormais d'un sommeil paisible.
Lors je vis un songe indicible,
En mon sommeil, qui moult me plut ;
Mais nulle chose n'apparut
Qui ne m'advint tout dans la suite,
Comme en ce songe fut prédite.
Or veux ce songe rimailler
Pour vos coeurs plus faire égayer ;
Amour m'en prie et me commande ;
Et si nul ou nulle demande
Sous quel nom je veux annoncer
Ce Roman qui va commencer :
Ci est le roman de Rose
Où l'art d'Amour est toute enclose.
La matière de ce Roman
Est bonne et neuve assurément ;
Mon Dieu ! que d'un bon oeil le voie
Et que le reçoive avec joie
Celle pour qui je l'entrepris ;
C'est celle qui tant a de prix
Et tant est digne d'être aimée,
Qu'elle doit Rose être nommée.
Il est bien de cela cinq ans ;
C'était en mai, amoureux temps
Où tout sur la terre s'égaie ;
Car on ne voit buisson ni haie
Qui ne se veuille en mai fleurir
Et de jeune feuille couvrir.
Les bois secs tant que l'hiver dure
En mai recouvrent leur verdure ;

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mercredi 23 juillet 2008

A Monseigneur le Dauphin

Jean de La Fontaine, 1621-1695

Je chante les Héros dont Esope est le Père,
Troupe de qui l'Histoire, encor que mensongère,
Contient des vérités qui servent de leçons.
Tout parle en mon Ouvrage, et même les Poissons :
Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes.
Je me sers d'Animaux pour instruire les Hommes.
Illustre rejeton d'un Prince aimé des cieux,
Sur qui le monde entier a maintenant les yeux,
Et qui, faisant fléchir les plus superbes Têtes,
Comptera désormais ses jours par ses conquêtes,
Quelque autre te dira d'une plus forte voix
Les faits de tes Aïeux et les vertus des Rois.
Je vais t'entretenir de moindres Aventures,
Te tracer en ces vers de légères peintures.
Et, si de t'agréer je n'emporte le prix,
J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris.

(in Fables)

Posté par an lor à 13:45 - LA FONTAINE Jean de - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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ALBUMS PHOTOS

LES ALBUMS PHOTOS "AUTEURS"
Mis à jour au fur et à mesure (du temps que je peux y consacrer), ils contiennent, outre les portraits des auteurs, quelques mots sur ou de chaque auteur : notes bibliographiques très succinctes, extraits d'interviews ou d'articles etc. Ces notes ne sont généralement pas de l'Emplumée.
Deux albums pour les auteurs de langue française : période XIIe-XVIIIe et période XIXe-XXIe.

Lorsqu'une "page auteur" est créé dans l'un des albums photos, elle est directement accessible à partir du nom de l'auteur sous le titre du texte.

Un nouvel album photo : "TO THE FAITHFUL DEPARTED"
Une idée qui me trottait dans la tête depuis quelque temps. Nous n'en sommes qu'aux débuts.
Il s'agit de balades dans les cimetières parisiens (pour le moment), à la rencontre des auteurs et hommes / femmes de culture. Pas un hommage, mais plutôt un recueillement personnel, parfois assez émouvant, comme cette toute première rencontre, par hasard, avec Tzara. Ou cette quête de Desnos.
Ne sachant configurer les diaporamas Canalblog, je m'excuse par avance de la vitesse de défilement des photos, peu propice au recueillement et à la conversation.

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CLASSEMENT

Canalblog s'étant enfin décidé à permettre l'indexation des publications par "tags", j'en profite pour supprimer les signes * et °.
Dorénavant, les documents sont accessibles :

par CATEGORIES (colonne de gauche)
- Chaque auteur, sans distinction de genre et de célébrité, apparaît dans la colonne de droite. Les noms d'auteurs non-francophones sont toujours suivis d'un petit rond.
- La catégorie "Autres" regroupe les documents que je n'ai pas su où classer (ça arrive).

par TAGS (colonne de droite)
- EPOQUE : découpage aussi historique que possible, même si pour certains auteurs à cheval sur deux périodes j'ai pu être inexacte. Moyen Âge : 12e-15e siècles, il faut bien commencer quelque part ; Epoque Moderne : 16e-18e siècles, Renaissance - fin de l'Ancien Régime ; Epoque Contemporaine (1) : 19e siècle ; Epoque contemporaine (2) : 20e-21e siècles.
- LANGUE : française ou étrangère. Il ne s'agit pas ici de la langue de publication, mais de la langue de la version originale.
- STYLE : prose ; vers ; visuel : photos / illustrations originales signées ; vidéo : films / dessins d'animation : chant : texte écrits pour être mis en musique dès l'origine.
- ECOUTE : textes qu'on peut écouter ici, chansons dès l'origine, poèmes mis en musique, textes lus, extraits de concerts (vidéo ou audio)...
- FEMMES : pour ne pas oublier que le mot "auteur" possède également un féminin !

Bonne navigation !

AnLor

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