mardi 23 juin 2009
Le politique
Ils ont sonné à ma porte
Je suis sorti de mon lit
Ils sont entrés dans ma chambre
Ils m'ont dit de m'habiller
Le soleil par la fenêtre
Ruisselait sur le plancher
Ils m'ont dit mets tes chaussures
On chantait sur le palier
J'ai descendu l'escalier
Entre leurs deux uniformes
Adossé à une borne
Un clochard se réveillait
Ils me donneront la fièvre
La lumière dans les yeux
Ils me casseront les jambes
A coups de souliers ferrés
Mais je ne dirai rien
Car je n'ai rien à dire
Je crois à ce que j'aime
Et vous le savez bien
Ils m'ont emmené là-bas
Dans la grande salle rouge
Ils m'ont parqué dans un coin
Comme un meuble... comme un chien
Ils m'ont demandé mon âge
J'ai répondu vingt-sept ans
Ils ont écrit des mensonges
Sur des registres pesants
Ils voulaient que je répète
Tout ce que j'avais chanté
Il y avait une mouche
Sur la manche du greffier
Qui vous a donné le droit
De juger votre prochain
Votre robe de drap noir
Ou vos figures de deuil
Je ne vous dirai rien
Car je n'ai rien à dire
Je crois à ce que j'aime
Et vous le savez bien
Ils m'ont remis dans la cage
Ils reviennent tous les jours
Ils veulent que je leur parle
Je me moque des discours
Je me moque de menaces
Je me moque de vos coups
Le soleil vient à sept heures
M'éveiller dans mon cachot
Un jour avant le soleil
Quelqu'un viendra me chercher
On coupera ma chemise
On me liera les poignets
Si vous voulez que je vive
Mettez-moi en liberté
Si vous voulez que je meure
A quoi bon me torturer
Car je ne dirai rien
Je n'ai rien à vous dire
Je crois à ce que j'aime
Et vous le savez bien
vendredi 12 juin 2009
Comment les princes doivent tenir leur parole
Nicolas Machiavel, 1469-1527
Chacun comprend combien il est louable pour un prince d’être fidèle à sa parole et d’agir toujours franchement et sans artifice. De notre temps, néanmoins, nous avons vu de grandes choses exécutées par des princes qui faisaient peu de cas de cette fidélité et qui savaient en imposer aux hommes par la ruse. Nous avons vu ces princes l’emporter enfin sur ceux qui prenaient la loyauté pour base de toute leur conduite.
On peut combattre de deux manières : ou avec les lois, ou avec la force. La première est propre à l’homme, la seconde est celle des bêtes ; mais comme souvent celle-là ne suffit point, on est obligé de recourir à l’autre : il faut donc qu’un prince sache agir à propos, et en bête et en homme. C’est ce que les anciens écrivains ont enseigné allégoriquement, en racontant qu’Achille et plusieurs autres héros de l’antiquité avaient été confiés au centaure Chiron, pour qu’il les nourrît et les élevât.
Par là, en effet, et par cet instituteur moitié homme et moitié bête, ils ont voulu signifier qu’un prince doit avoir en quelque sorte ces deux natures, et que l’une a besoin d’être soutenue par l’autre. Le prince devant donc agir en bête, tâchera d’être tout à la fois renard et lion : car, s’il n’est que lion, il n’apercevra point les pièges ; s’il n’est que renard, il ne se défendra point contre les loups ; et il a également besoin d’être renard pour connaître les pièges, et lion pour épouvanter les loups. Ceux qui s’en tiennent tout simplement à être lions sont très malhabiles.
Un prince bien avisé ne doit point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et que les raisons qui l’ont déterminé à promettre n’existent plus : tel est le précepte à donner. Il ne serait pas bon sans doute, si les hommes étaient tous gens de bien ; mais comme ils sont méchants, et qu’assurément ils ne vous tiendraient point leur parole, pourquoi devriez-vous leur tenir la vôtre ? Et d’ailleurs, un prince peut-il manquer de raisons légitimes pour colorer l’inexécution de ce qu’il a promis ?
À ce propos on peut citer une infinité d’exemples modernes, et alléguer un très grand nombre de traités de paix, d’accords de toute espèce, devenus vains et inutiles par l’infidélité des princes qui les avaient conclus. On peut faire voir que ceux qui ont su le mieux agir en renard sont ceux qui ont le plus prospéré.
Mais pour cela, ce qui est absolument nécessaire, c’est de savoir bien déguiser cette nature de renard, et de posséder parfaitement l’art et de simuler et de dissimuler. Les hommes sont si aveugles, si entraînés par le besoin du moment, qu’un trompeur trouve toujours quelqu’un qui se laisse tromper.
Parmi les exemples récents, il en est un que je ne veux point passer sous silence.
Alexandre VI ne fit jamais que tromper ; il ne pensait pas à autre chose, et il en eut toujours l’occasion et le moyen. Il n’y eut jamais d’homme qui affirmât une chose avec plus d’assurance, qui appuyât sa parole sur plus de serments, et qui les tint avec moins de scrupule : ses tromperies cependant lui réussirent toujours, parce qu’il en connaissait parfaitement l’art.
Ainsi donc, pour en revenir aux bonnes qualités énoncées ci-dessus, il n’est pas bien nécessaire qu’un prince les possède toutes ; mais il l’est qu’il paraisse les avoir. J’ose même dire que s’il les avait effectivement, et s’il les montrait toujours dans sa conduite, elles pourraient lui nuire, au lieu qu’il lui est toujours utile d’en avoir l’apparence. Il lui est toujours bon, par exemple, de paraître clément, fidèle, humain, religieux, sincère ; il l’est même d’être tout cela en réalité : mais il faut en même temps qu’il soit assez maître de lui pour pouvoir et savoir au besoin montrer les qualités opposées.
On doit bien comprendre qu’il n’est pas possible à un prince, et surtout à un prince nouveau, d’observer dans sa conduite tout ce qui fait que les hommes sont réputés gens de bien, et qu’il est souvent obligé, pour maintenir l’État, d’agir contre l’humanité, contre la charité, contre la religion même. Il faut donc qu’il ait l’esprit assez flexible pour se tourner à toutes choses, selon que le vent et les accidents de la fortune le commandent ; il faut, comme je l’ai dit, que tant qu’il le peut il ne s’écarte pas de la voie du bien, mais qu’au besoin il sache entrer dans celle du mal.
Il doit aussi prendre grand soin de ne pas laisser échapper une seule parole qui ne respire les cinq qualités que je viens de nommer ; en sorte qu’à le voir et à l’entendre on le croie tout plein de douceur, de sincérité, d’humanité, d’honneur, et principalement de religion, qui est encore ce dont il importe le plus d’avoir l’apparence : car les hommes, en général, jugent plus par leurs yeux que par leurs mains, tous étant à portée de voir, et peu de toucher. Tout le monde voit ce que vous paraissez ; peu connaissent à fond ce que vous êtes, et ce petit nombre n’osera point s’élever contre l’opinion de la majorité, soutenue encore par la majesté du pouvoir souverain.
Au surplus, dans les actions des hommes, et surtout des princes, qui ne peuvent être scrutées devant un tribunal, ce que l’on considère, c’est le résultat. Que le prince songe donc uniquement à conserver sa vie et son État : s’il y réussit, tous les moyens qu’il aura pris seront jugés honorables et loués par tout le monde. Le vulgaire est toujours séduit par l’apparence et par l’événement : et le vulgaire ne fait-il pas le monde ? Le petit nombre n’est écouté que lorsque le plus grand ne sait quel parti prendre ni sur quoi asseoir son jugement.
De notre temps, nous avons vu un prince qu’il ne convient pas de nommer, qui jamais ne prêcha que paix et bonne foi, mais qui, s’il avait toujours respecté l’une et l’autre, n’aurait pas sans doute conservé ses États et sa réputation.
(in Le Prince, chap. XVIII)
mercredi 27 mai 2009
Blue Room Event
Yoko Ono, born in 1933
This room is bright blue.
This room glows in the dark while we are asleep.
This room slowly evaporates every day.
This room moves at the same speed as the clouds.
Find other rooms which exist in this space.
This room gets as wide as an ocean at the other end.
This room gets very narrow like a point at the other end.
This window is 2000 ft long.
This window is 2000 ft wide.
Many rooms, many dreams, many countries in the same space...
This line is a part of a very large circle.
This is the ceiling
This is the floor
Stay until the room is blue.
This is not here.
(1966)
[Photo : John Lennon et Yoko Ono, Bed-in de Montréal, 1969]
jeudi 21 mai 2009
La parole en archipel
DANS L'ESPACE
Le soleil volait bas, aussi bas que l'oiseau. La nuit les éteignit tous les deux. Je les aimais.
LIGNE DE FOI
La faveur des étoiles est de nous inviter à parler, de nous montrer que nous ne sommes pas seuls, que l'aurore a un toit et mon feu tes deux mains.
(in La Parole en archipel, 1962)
lundi 18 mai 2009
Je crois devoir à votre attachement la faible récompense de ne vous cacher aucun de mes sentiments
Madame de La Fayette, 1634–1693
[...]
— Je crois devoir à votre attachement la faible récompense de ne vous cacher aucun de mes sentiments, et de vous les laisser voir tels qu'ils sont. Ce sera apparemment la seule fois de ma vie que je me donnerai la liberté de vous les faire paraître ; néanmoins je ne saurais vous avouer, sans honte, que la certitude de n'être plus aimée de vous, comme je le suis, me paraît un si horrible malheur, que, quand je n'aurais point des raisons de devoir insurmontables, je doute si je pourrais me résoudre à m'exposer à ce malheur. Je sais que vous êtes libre, que je le suis, et que les choses sont d'une sorte que le public n'aurait peut-être pas sujet de vous blâmer, ni moi non plus, quand nous nous engagerions ensemble pour jamais. Mais les hommes conservent-ils de la passion dans ces engagements éternels ? Dois-je espérer un miracle en ma faveur et puis-je me mettre en état de voir certainement finir cette passion dont je ferais toute ma félicité ? Monsieur de Clèves était peut-être l'unique homme du monde capable de conserver de l'amour dans le mariage. Ma destinée n'a pas voulu que j'aie pu profiter de ce bonheur ; peut-être aussi que sa passion n'avait subsisté que parce qu'il n'en aurait pas trouvé en moi. Mais je n'aurais pas le même moyen de conserver la vôtre : je crois même que les obstacles ont fait votre constance. Vous en avez assez trouvé pour vous animer à vaincre ; et mes actions involontaires, ou les choses que le hasard vous a apprises, vous ont donné assez d'espérance pour ne vous pas rebuter.
— Ah ! Madame, reprit monsieur de Nemours, je ne saurais garder le silence que vous m'imposez : vous me faites trop d'injustice, et vous me faites trop voir combien vous êtes éloignée d'être prévenue en ma faveur.
— J'avoue, répondit-elle, que les passions peuvent me conduire ; mais elles ne sauraient m'aveugler. Rien ne me peut empêcher de connaître que vous êtes né avec toutes les dispositions pour la galanterie, et toutes les qualités qui sont propres à y donner des succès heureux. Vous avez déjà eu plusieurs passions, vous en auriez encore ; je ne ferais plus votre bonheur ; je vous verrais pour une autre comme vous auriez été pour moi. J'en aurais une douleur mortelle, et je ne serais pas même assurée de n'avoir point le malheur de la jalousie. Je vous en ai trop dit pour vous cacher que vous me l'avez fait connaître, et que je souffris de si cruelles peines le soir que la reine me donna cette lettre de madame de Thémines, que l'on disait qui s'adressait à vous, qu'il m'en est demeuré une idée qui me fait croire que c'est le plus grand de tous les maux.
« Par vanité ou par goût, toutes les femmes souhaitent de vous attacher. Il y en a peu à qui vous ne plaisiez ; mon expérience me ferait croire qu'il n'y en a point à qui vous ne puissiez plaire. Je vous croirais toujours amoureux et aimé, et je ne me tromperais pas souvent. Dans cet état néanmoins, je n'aurais d'autre parti à prendre que celui de la souffrance ; je ne sais même si j'oserais me plaindre. On fait des reproches à un amant ; mais en fait-on à un mari, quand on n'a à lui reprocher que de n'avoir plus d'amour ? Quand je pourrais m'accoutumer à cette sorte de malheur, pourrais-je m'accoutumer à celui de croire voir toujours monsieur de Clèves vous accuser de sa mort, me reprocher de vous avoir aimé, de vous avoir épousé et me faire sentir la différence de son attachement au vôtre ? Il est impossible, continua-t-elle, de passer par-dessus des raisons si fortes : il faut que je demeure dans l'état où je suis, et dans les résolution que j'ai prises de n'en sortir jamais.
— Hé ! croyez-vous le pouvoir, Madame ? s'écria monsieur de Nemours. Pensez-vous que vos résolutions tiennent contre un homme qui vous adore, et qui est assez heureux pour vous plaire ? Il est plus difficile que vous ne pensez, Madame, de résister à ce qui nous plaît et à ce qui nous aime. Vous l'avez fait par une vertu austère, qui n'a presque point d'exemple ; mais cette vertu ne s'oppose plus à vos sentiments, et j'espère que vous les suivrez malgré vous.
— Je sais bien qu'il n'y a rien de plus difficile que ce que j'entreprends, répliqua madame de Clèves ; je me défie de mes forces au milieu de mes raisons. Ce que je crois devoir à la mémoire de monsieur de Clèves serait faible, s'il n'était soutenu par l'intérêt de mon repos ; et les raisons de mon repos ont besoin d'être soutenues de celles de mon devoir. Mais quoique je me défie de moi-même, je crois que je ne vaincrai jamais mes scrupules, et je n'espère pas aussi de surmonter l'inclination que j'ai pour vous. Elle me rendra malheureuse, et je me priverai de votre vue, quelque violence qu'il m'en coûte. Je vous conjure, par tout le pouvoir que j'ai sur vous, de ne chercher aucune occasion de me voir. Je suis dans un état qui me fait des crimes de tout ce qui pourrait être permis dans un autre temps, et la seule bienséance interdit tout commerce entre nous.
Monsieur de Nemours se jeta à ses pieds, et s'abandonna à tous les divers mouvements dont il était agité. Il lui fit voir, et par ses paroles et par ses pleurs, la plus vive et la plus tendre passion dont un cœur ait jamais été touché. Celui de madame de Clèves n'était pas insensible, et, regardant ce prince avec des yeux un peu grossis par les larmes : — Pourquoi faut-il, s'écria-t-elle, que je vous puisse accuser de la mort de monsieur de Clèves ? Que n'ai-je commencé à vous connaître depuis que je suis libre, ou pourquoi ne vous ai-je pas connu devant que d'être engagée ? Pourquoi la destinée nous sépare-t-elle par un obstacle si invincible ?
— Il n'y a point d'obstacle, Madame, reprit monsieur de Nemours. Vous seule vous opposez à mon bonheur ; vous seule vous imposez une loi que la vertu et la raison ne vous sauraient imposer.
— Il est vrai, répliqua-t-elle, que je sacrifie beaucoup à un devoir qui ne subsiste que dans mon imagination. Attendez ce que le temps pourra faire. Monsieur de Clèves ne fait encore que d'expirer, et cet objet funeste est trop proche pour me laisser des vues claires et distinctes. Ayez cependant le plaisir de vous être fait aimer d'une personne qui n'aurait rien aimé, si elle ne vous avait jamais vu ; croyez que les sentiments que j'ai pour vous seront éternels, et qu'ils subsisteront également, quoi que je fasse. Adieu, lui dit-elle ; voici une conversation qui me fait honte : rendez-en compte à monsieur le vidame ; j'y consens, et je vous en prie.
(in La Princesse de Clèves, 1678)
mercredi 13 mai 2009
Rencontre
A l'occasion de la publication en français de son dernier roman Un Don (A Mercy) Toni Morrison est en Europe (francophone) cette semaine.
Après son passage à la librairie l'Arbre à Lettres à Paris (dans le 12e) où elle a rencontré ses lecteurs hier soir, elle sera :
- aujourd'hui 13 mai, à partir de
16h45, à la librairie
Kléber de Strasbourg (1, rue des Francs Bourgeois) ;
- jeudi 14 mai, à 18h, à l'ENS de Paris, salle
Dussane (45, rue d'Ulm) où elle donnera une conférence ; rencontre
animée par le professeur Pierre-Yves Pétillon, entrée libre
dans la limite des places disponibles ;
- vendredi 15 mai, à partir de 17h, à la librairie Payot de
Lausanne (4, Place Pépinet), en Suisse.
Plus d'info sur Mrs. Morrison : Editions Christian Bourgois
A noter que le roman a été traduit en français par Anne Wicke (l'une des traductrices entre autre de Laura Kasischke).
Elle était hier matin sur France inter, au 7/10 :
France Inter - Toni Morrison
par franceinter
France Inter - Toni Morrison
par franceinter
samedi 25 avril 2009
Paris. I - L'avenir (6)
[...]
Cette nation aura pour capitale Paris, et ne s'appellera
point la France ; elle s'appellera l'Europe.
Elle s'appellera l'Europe au vingtième siècle, et, aux
siècles suivants, plus transfigurée encore, elle s'appellera l'Humanité.
L'Humanité, nation définitive, est dès à présent entrevue
par les penseurs, ces contemplateurs des pénombres ; mais ce à quoi assiste le
dix-neuvième siècle, c'est à la formation de l'Europe.
Vision majestueuse. Il y a dans l'embryogénie des peuples,
comme dans celle des êtres, une heure sublime de transparence. Le mystère
consent à se laisser regarder. Au moment où nous sommes, une gestation auguste
est visible dans les flancs de la civilisation. L'Europe, une, y germe. Un
peuple, qui sera la France sublimée, est en train d'éclore. L'ovaire profond du
progrès fécondé porte, sous cette forme dès à présent distincte, l'avenir.
Cette nation qui sera palpite dans l'Europe actuelle comme l'être ailé dans la
larve reptile. Au prochain siècle, elle déploiera ses deux ailes, faites, l'une
de liberté, l'autre de volonté.
Le continent fraternel, tel est l'avenir. Qu'on en prenne
son parti, cet immense bonheur est inévitable.
Avant d'avoir son peuple, l'Europe a sa ville. De ce peuple
qui n'existe pas encore, la capitale existe déjà. Cela semble un prodige, c'est
une loi. Le fœtus des nations se comporte comme le fœtus de l'homme, et la
mystérieuse construction de l'embryon, à la fois végétation et vie, commence
toujours par la tête.
(in Actes et paroles - Depuis l'exile 1876-1885, Paris 3)
[Illustration : Un panneau de l'expo pour
le bicentenaire d'Hugo au Sénat, 2002]
Le texte en entier ici : I - L'AVENIR
vendredi 24 avril 2009
Paris. I - L'avenir (5)
[...]
Nulle part l'entrave,
partout la norme. Le collège normal, l'atelier normal, l'entrepôt normal, la
boutique normale, la ferme normale, le théâtre normal, la publicité normale, et
à côté la liberté. La liberté du cœur humain respectée au même titre que la
liberté de l'esprit humain, aimer étant aussi sacré que penser. Une vaste
marche en avant de la foule Idée conduite par l'esprit Légion. La circulation
décuplée ayant pour résultat la production et la consommation centuplées ; la
multiplication des pains, de miracle, devenue réalité ; les cours d'eau
endigués, ce qui empêchera les inondations, et empoissonnés, ce qui produira la
vie à bas prix ; l'industrie engendrant l'industrie, les bras appelant les bras,
l'œuvre faite se ramifiant en innombrables œuvres à faire, un perpétuel
recommencement sorti d'un perpétuel achèvement, et, en tout lieu, à toute
heure, sous la hache féconde du progrès, l'admirable renaissance des têtes de
l'hydre sainte du travail. Pour guerre l'émulation. L'émeute des intelligences
vers l'aurore. L'impatience du bien gourmandant les lenteurs et les timidités.
Toute autre colère disparue. Un peuple fouillant les flancs de la nuit et
opérant, au profit du genre humain, une immense extraction de clarté. Voilà
quelle sera cette nation. [...]
(in Actes et paroles - Depuis l'exile 1876-1885, Paris 3)
[Illustration : "L’âne"[*], Carnet, septembre 1869. BNF]
*Dans ce dessin d'un âne, Victor Hugo reprend un thème qu'il a développé dans une œuvre, onze ans plus tôt, mettant en scène la confrontation de l'âne (qui lui donne son titre) et du penseur, et, plus récemment, dans L'Homme qui rit à travers les figures d'Ursus, l'homme et Homo, la bête. (source : BNF)
Le texte en entier ici : I - L'AVENIR
jeudi 23 avril 2009
Paris. I - L'avenir (4)
[...]
La nation centrale d'où ce
mouvement rayonnera sur tous les continents sera parmi les autres sociétés ce
qu'est la ferme modèle parmi les métairies. Elle sera plus que nation, elle
sera civilisation; elle sera mieux que civilisation, elle sera famille. Unité
de langue, unité de monnaie, unité de mètre, unité de méridien, unité de code ;
la circulation fiduciaire à son haut degré ; le papier-monnaie à coupon faisant
un rentier de quiconque a vingt francs dans son gousset ; une incalculable
plus-value résultant de l'abolition des parasitismes ; plus d'oisiveté l'arme au
bras ; la gigantesque dépense des guérites supprimée ; les quatre milliards que
coûtent annuellement les armées permanentes laissés dans la poche des citoyens ;
les quatre millions de jeunes travailleurs qu'annule honorablement l'uniforme
restitués au commerce, à l'agriculture et à l'industrie ; partout le fer disparu
sous la forme glaive et chaîne et reforgé sous la forme charrue ; la paix,
déesse à huit mamelles, majestueusement assise au milieu des hommes ; aucune
exploitation, ni des petits par les gros, ni des gros par les petits, et
partout la dignité de l'utilité de chacun sentie par tous ; l'idée de
domesticité purgée de l'idée de servitude ; l'égalité sortant toute construite
de l'instruction gratuite et obligatoire ; l'égout remplacé par le drainage ; le
châtiment remplacé par l'enseignement ; la prison transfigurée en école ;
l'ignorance, qui est la suprême indigence, abolie ; l'homme qui ne sait pas lire
aussi rare que l'aveugle-né ; le jus contra legem compris ; la politique résorbée
par la science ; la simplification des antagonismes produisant la simplification
des événements eux-mêmes ; le côté factice des faits s'éliminant ; pour loi,
l'incontestable, pour unique sénat, l'institut. Le gouvernement restreint à
cette vigilance considérable, la voirie, laquelle a deux nécessités,
circulation et sécurité. L'état n'intervenant jamais que pour offrir
gratuitement le patron et l'épure. Concurrence absolue des à peu près en
présence du type, marquant l'étiage du progrès. [...]
(in Actes et paroles - Depuis l'exile 1876-1885, Paris 3)
[Illustration : "Miseria". Plume, encre brune et lavis sur crayon de graphite,
sur papier vergé beige. Paris, Maison de Victor Hugo. BNF]
Le texte en entier ici : I - L'AVENIR
mercredi 22 avril 2009
Paris. I - L'avenir (3)
[...] Cette nation aura pour
législation un fac-simile, le plus ressemblant possible, du droit naturel. Sous
l'influence de cette nation motrice, les incommensurables friches d'Amérique,
d'Asie, d'Afrique et d'Australie seront offertes aux émigrations civilisantes ;
les huit cent mille bœufs, annuellement brûlés pour les peaux dans l'Amérique
du Sud, seront mangés ; elle fera ce raisonnement que, s'il y a des bœufs d'un
côté de l'Atlantique, il y a des bouches qui ont faim de l'autre côté. Sous son
impulsion, la longue traînée des misérables envahira magnifiquement les grasses
et riches solitudes inconnues ; on ira aux Californies ou aux Tasmanies, non
pour l'or, trompe-l'œil et grossier appât d'aujourd'hui, mais pour la terre ;
les meurt-de-faim et les va-nu-pieds, ces frères douloureux et vénérables de
nos splendeurs myopes et de nos prospérités égoïstes, auront, en dépit de
Malthus, leur table servie sous le même soleil ; l'humanité essaimera hors de la
cité-mère, devenue étroite, et couvrira de ses ruches les continents ; les
solutions probables des problèmes qui mûrissent, la locomotion aérienne
pondérée et dirigée, le ciel peuplé d'air-navires, aideront à ces dispersions
fécondes et verseront de toutes parts la vie sur ce vaste fourmillement des
travailleurs ; le globe sera la maison de l'homme, et rien n'en sera perdu ; le
Corrientes, par exemple, ce gigantesque appareil hydraulique naturel, ce réseau
veineux de rivières et de fleuves, cette prodigieuse canalisation toute faite,
traversée aujourd'hui par la nage des bisons et charriant des arbres morts,
portera et nourrira cent villes ; quiconque voudra aura sur un sol vierge un
toit, un champ, un bien-être, une richesse, à la seule condition d'élargir à
toute la terre l'idée patrie ; et de se considérer comme citoyen et laboureur du
monde ; de sorte que la propriété, ce grand droit humain, cette suprême liberté,
cette maîtrise de l'esprit sur la matière, cette souveraineté de l'homme
interdite à la bête, loin d'être supprimée, sera démocratisée et universalisée.
Il n'y aura plus de ligatures ; ni péages aux ponts, ni octrois aux villes, ni
douanes aux états, ni isthmes aux océans, ni préjugés aux âmes. Les initiatives
en éveil et en quête feront le même bruit d'ailes que les abeilles. [...]
(in Actes et paroles - Depuis l'exile 1876-1885, Paris 3)
[Illustration : "Les bas-fonds parisiens, la soupe des Capucins", Paris, BNF]
Le texte en entier ici : I - L'AVENIR
mardi 21 avril 2009
Paris. I - L'avenir (2)
[...] Elle aura pour « l'autorité »
à peu près le respect que nous avons pour l'orthodoxie ; un procès de presse lui
semblera ce que nous semblerait un procès d'hérésie ; elle admettra la vindicte
contre les écrivains juste comme nous admettons la vindicte contre les
astronomes, et, sans rapprocher autrement Béranger* de Galilée, elle ne
comprendra pas plus Béranger en cellule que Galilée en prison. E pur si muove* loin
d'être sa peur, sera sa joie. Elle aura la suprême justice de la bonté. Elle
sera pudique et indignée devant les barbaries. La vision d'un échafaud dressé
lui fera affront. Chez cette nation, la pénalité fondra et décroîtra dans
l'instruction grandissante comme la glace au soleil levant. La circulation sera
préférée à la stagnation. On ne s'empêchera plus de passer. Aux fleuves
frontières succéderont les fleuves artères. Couper un pont sera aussi
impossible que couper une tête. La poudre à canon sera poudre à forage ; le
salpêtre, qui a pour utilité actuelle de percer les poitrines, aura pour
fonction de percer les montagnes. Les avantages de la balle cylindrique sur la
balle ronde, du silex sur la mèche, de la capsule sur le silex, et de la bascule
sur la capsule, seront méconnus. On sera froid pour les merveilleuses
couleuvrines de treize pieds de long, en fonte frettée, pouvant tirer, au choix
des personnes, le boulet creux et le boulet plein. On sera ingrat pour
Chassepot dépassant Dreyse et pour Bonnin dépassant Chassepot. Qu'au
dix-neuvième siècle, le continent, pour l'avantage de détruire une bourgade,
Sébastopol, ait sacrifié la population d'une capitale, sept cent
quatre vingt-cinq mille hommes [1] cela semblera glorieux, mais singulier. Cette
nation estimera un tunnel sous les Alpes plus que la gargousse Armstrong. Elle
poussera l'ignorance au point de ne pas savoir qu'on fabriquait en 1866 un
canon pesant vingt-trois tonnes appelé Bigwill. D'autres beautés et
magnificences du temps présent seront perdues ; par exemple, chez ces gens-là,
on ne verra plus de ces budgets, tels que celui de la France actuelle, lequel
fait tous les ans une pyramide d'or de dix pieds carrés de base et de trente
pieds de haut. Une pauvre petite île comme Jersey y regardera à deux fois avant
de se passer, comme elle l'a fait le 6 août 1866, la fantaisie d'un pendu [2]
dont le gibet coûte deux mille huit cents francs. On n'aura pas de ces dépenses
de luxe. [...]
Notes :
[1] :
| Armée | Années | Tués. | Morts à la suite de blessures ou de maladies | Total |
| française | 1854-1856 | 10,240 | 85,375 | 95,615 |
| anglaise | 1854-1856 | 2,755 | 19,427 | 22,182 |
| piémontaise | 1855-1856 | 12 | 2,182 | 2,194 |
| turque | 1853-1856 | 10,000 | 25,000 | 35,000 |
| russe | 1853-1856 | 30,000 | 600,000 | 630,000 |
| (Total) |
53,007 | 731,984 | 784,991 |
[2] : Bradley. On croit en ce moment s'apercevoir qu'il était innocent.
(in Actes et paroles - Depuis l'exile 1876-1885, Paris 3)
[Illustration : "Vieux pont à Vianden" 14 juillet 1871
Plume, encres brune et violette et lavis,
gouache, grattages, sur un feuillet d'album.
Paris, Maison de Victor Hugo, BNF]
*P.-J. de Béranger : chansonnier français (1780-1857), connu pour son engagement libéral. A
partir de 1815 (retour de Luis XVIII) il s’oppose fortement à la
Restauration en exploitant le thème de la liberté dans ses chansons qui deviennent
une arme politique réelle à une époque où la liberté de la presse n’existe pas.
A partir de 1820, il devient l’un des principaux porte-drapeaux des idées
libérales et son œuvre de poète pamphlétaire connaît un succès considérable. Ce
succès lui vaut d’être condamné à plusieurs reprises de 1821 à 1830 (amendes,
prison) mais n’en est que renforcé. Après la révolution de 1830 il s’attaque
principalement à des sujets philosophiques et humanitaires et restera toujours indépendant
du pouvoir, refusant les fonctions officielles qu’on lui offrira.
*E pur si mueve : "Et pourtant elle se meut". C'est sur ces mots marmonnés que Galileo Galilei quitta la session de l'Inquisition qui l'avait déclaré coupable à l'issue de son procès pour hérésie.
Le texte en entier ici : I - L'AVENIR
lundi 20 avril 2009
Paris. I - L'avenir (1)
Au vingtième siècle, il y aura une nation extraordinaire. Cette
nation sera grande, ce qui ne l'empêchera pas d'être libre. Elle sera
illustre, riche, pensante, pacifique, cordiale au reste de l'humanité.
Elle aura la gravité douce d'une aînée. Elle s'étonnera de la gloire
des projectiles coniques, et elle aura quelque peine à faire la
différence entre un général d'armée et un boucher ; la pourpre de l'un
ne lui semblera pas très distincte du rouge de l'autre. Une bataille
entre Italiens et Allemands, entre Anglais et Russes, entre Prussiens
et Français, lui apparaîtra comme nous apparaît une bataille entre Picards et Bourguignons. Elle considérera le gaspillage du sang humain
comme inutile. Elle n'éprouvera que médiocrement l'admiration d'un gros
chiffre d'hommes tués. Le haussement d'épaules que nous avons devant
l'Inquisition, elle l'aura devant la guerre. Elle regardera le champ de
bataille de Sadowa de l'air dont nous regarderions le quemadero de
Séville. Elle trouvera bête cette oscillation de la victoire
aboutissant invariablement à de funèbres remises en équilibre, et
Austerlitz toujours soldé par Waterloo. Elle aura pour « l'autorité » à
peu près le respect que nous avons pour l'orthodoxie ; un procès de
presse lui semblera ce que nous semblerait un procès d'hérésie ; elle
admettra la vindicte contre les écrivains juste comme nous admettons la
vindicte contre les astronomes, et, sans rapprocher autrement Béranger*
de Galilée, elle ne comprendra pas plus Béranger en cellule que Galilée
en prison. [...]
(in Actes et paroles - Depuis l'exile 1876-1885, Paris 3)
*P.-J. de Béranger : chansonnier français (1780-1857), connu pour son engagement libéral. A
partir de 1815 (retour de Louis XVIII) il s’oppose fortement à la
Restauration en exploitant le thème de la liberté dans ses chansons qui deviennent
une arme politique réelle à une époque où la liberté de la presse n’existe pas.
A partir de 1820, il devient l’un des principaux porte-drapeaux des idées
libérales et son œuvre de poète pamphlétaire connaît un succès considérable. Ce
succès lui vaut d’être condamné à plusieurs reprises de 1821 à 1830 (amendes,
prison) mais n’en est que renforcé. Après la révolution de 1830 il s’attaque
principalement à des sujets philosophiques et humanitaires et restera toujours indépendant
des organes du pouvoir, refusant les fonctions officielles qu’on lui offrira.
[Illustration : Discours de l'exil, 1851-1854, BNF]
Le texte en entier ici : I - L'AVENIR
mercredi 15 avril 2009
La Chanson des vieux amants
Bien sûr nous eûmes des orages
Vingt ans d'amour c'est l'amour folle
Mille fois tu pris ton bagage
Mille fois je pris mon envol
Et chaque meuble se souvient
Dans cette chambre sans berceau
Des éclats des vieilles tempêtes
Plus rien ne ressemblait à rien
Tu avais perdu le goût de l'eau
Et moi celui de la conquête
Mais mon amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime
Moi je sais tous tes sortilèges
Tu sais tous mes envoûtements
Tu m'as gardé de pièges en pièges
Je t'ai perdue de temps en temps
Bien sûr tu pris quelques amants
Il fallait bien passer le temps
Il faut bien que le corps exulte
Finalement finalement
Il nous fallut bien du talent
Pour être vieux sans être adultes
O mon amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime
Et plus le temps nous fait cortège
Et plus le temps nous fait tourment
Mais n'est-ce pas le pire piège
Que vivre en paix pour des amants
Bien sûr tu pleures un peu moins tôt
Je me déchire un peu plus tard
Nous protégeons moins nos mystères
On laisse moins faire le hasard
On se méfie du fil de l'eau
Mais c'est toujours la tendre guerre
O mon amour...
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime.
jeudi 2 avril 2009
Roman
I
On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière...
II
-Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche...
Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête ...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête ...
III
Le cœur fou Robinsonne à travers les romans,
Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux col effrayant de son père ...
Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif ...
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines ...
IV
Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire !...
- Ce soir-là,... - vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
- On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.
(in Poésies, 29 septembre 1870.)
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Écouter Léo Ferré :
mercredi 1 avril 2009
ROMAN
(Appelez-moi Arthur...)
Il était déjà vieux malgré ses dix-sept ans.
- Un beau soir, loin des docks et de la triste rade,
Des marées de noirceur aux embruns chélatants !
- Il cueillit les glaïeuls en guise d’escapade.
Les glaïeuls sont des ponts qui défont le destin !
L’amer coulait si doux qu’il partit en prière ;
Le temps chargé de pluie – l'hiver eut son festin –
Fut la poix de sa vie puis le bois de sa bière…
[...]
samedi 28 mars 2009
To shoot pictures...
[...]
The camera therefore is an eye
capable of looking forward and backward
at the same time.
Forwards, it does in fact "shoot a picture",
backwards, it records a vague shadow,
sort of an x-ray of the photographer's mind,
by looking straight through his (or her) eye
to the bottom of his (or her) soul.
Yes, forwards, a camera sees its subject,
backwards it sees the wish
to capture this particular subject in the first place,
thereby showing simultaneously THE THINGS
and THE DESIRE for them.
[...]
(in Once, Schimer Art Books, English translation from German by M. Kagerer, 2001)
[Photos : Wim Wenders, 1e de couverture de Once]
vendredi 27 mars 2009
Traces à voir

A voir, en rapport avec le colonialisme et ses suites :
L'expo photos du Sud Africain Guy Tillim à la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris jusqu'au 19 avril 2009 :
Jo'burg - Avenue Patrice Lumumba
+ Un post sur cette expo (comprenant quelques photos et des liens vers d'autres sites) :
Ses yeux sont des tours de lumières
Ses yeux sont des tours de lumières
Sous le front de sa nudité.
À fleur de transparence
Les retours de pensées
Annulent les mots qui sont sourds.
Elle efface toutes les images
Elle éblouit l’amour et ses ombres rétives
Elle aime — elle aime à s’oublier.
(Premièrement - II, in L'Amour la poésie, 1929)
jeudi 26 mars 2009
A dream within a dream
Take this kiss upon the brow!
And, in parting from you now,
Thus much let me avow—
You are not wrong, who deem
That my days have been a dream;
Yet if hope has flown away
In a night, or in a day,
In a vision, or in none,
Is it therefore the less gone?
All that we see or seem
Is but a dream within a dream.
I stand amid the roar
Of a surf-tormented shore,
And I hold within my hand
Grains of the golden sand—
How few! yet how they creep
Through my fingers to the deep,
While I weep—while I weep!
O God! can I not grasp
Them with a tighter clasp?
O God! can I not save
One from the pitiless wave?
Is all that we see or seem
But a dream within a dream?
mercredi 25 mars 2009
Départ
Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.
Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.
Assez connu. Les arrêts de la vie. - Ô Rumeurs et Visions !
Départ dans l'affection et le bruit neufs !
(in Illuminations, Éd. Gallimard)






