UN TEXTE UN JOUR

Petite anthologie personnelle, en vers et en prose, d'ici et d'ailleurs, d'hier et d'aujourd'hui...

jeudi 20 novembre 2008

Peter breaks through

James Matthew Barrie, 1860-1937

Peter_panMrs. Darling first heard of Peter when she was tidying up her children's minds. It is the nightly custom of every good mother after her children are asleep to rummage in their minds and put things straight for next morning, repacking into their proper places the many articles that have wandered during the day. If you could keep awake (but of course you can't) you would see your own mother doing this, and you would find it very interesting to watch her. It is quite like tidying up drawers. You would see her on her knees, I expect, lingering humorously over some of your contents, wondering where on earth you had picked this thing up, making discoveries sweet and not so sweet, pressing this to her cheek as if it were as nice as a kitten, and hurriedly stowing that out of sight. When you wake in the morning, the naughtiness and evil passions with which you went to bed have been folded up small and placed at the bottom of your mind and on the top, beautifully aired, are spread out your prettier thoughts, ready for you to put on.
I don't know whether you have ever seen a map of a person's mind. Doctors sometimes draw maps of other parts of you, and your own map can become intensely interesting, but catch them trying to draw a map of a child's mind, which is not only confused, but keeps going round all the time. There are zigzag lines on it, just like your temperature on a card, and these are probably roads in the island, for the Neverland is always more or less an island, with astonishing splashes of colour here and there, and coral reefs and rakish-looking craft in the offing, and savages and lonely lairs, and gnomes who are mostly tailors, and caves through which a river runs, and princes with six elder brothers, and a hut fast going to decay, and one very small old lady with a hooked nose. It would be an easy map if that were all, but there is also first day at school, religion, fathers, the round pond, needle-work, murders, hangings, verbs that take the dative, chocolate pudding day, getting into braces, say ninety-nine, three-pence for pulling out your tooth yourself, and so on, and either these are part of the island or they are another map showing through, and it is all rather confusing, especially as nothing will stand still.
Of course the Neverlands vary a good deal. John's, for instance, had a lagoon with flamingoes flying over it at which John was shooting, while Michael, who was very small, had a flamingo with lagoons flying over it. John lived in a boat turned upside down on the sands, Michael in a wigwam, Wendy in a house of leaves deftly sewn together. John had no friends, Michael had friends at night, Wendy had a pet wolf forsaken by its parents, but on the whole the Neverlands have a family resemblance, and if they stood still in a row you could say of them that they have each other's nose, and so forth. On these magic shores children at play are for ever beaching their coracles (1). We too have been there; we can still hear the sound of the surf, though we shall land no more.
Of all delectable islands the Neverland is the snuggest and most compact, not large and sprawly, you know, with tedious distances between one adventure and another, but nicely crammed. When you play at it by day with the chairs and table-cloth, it is not in the least alarming, but in the two minutes before you go to sleep it becomes very real. That is why there are night-lights.
Occasionally in her travels through her children's minds Mrs. Darling found things she could not understand, and of these quite the most perplexing was the word Peter. She knew of no Peter, and yet he was here and there in John and Michael's minds, while Wendy's began to be scrawled all over with him. The name stood out in bolder letters than any of the other words, and as Mrs. Darling gazed she felt that it had an oddly cocky appearance.
"Yes, he is rather cocky," Wendy admitted with regret. Her mother had been questioning her.
"But who is he, my pet?"
"He is Peter Pan, you know, mother."

(1) simple boats

(in Peter Pan, ou Peter and Wendy, Ch. 1)

[Illustration : Sir George Frampton, sculpture de Peter Pan, Kensington park (1912)]

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Pour une traduction française : en commentaire

Posté par an lor à 15:29 - B... - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Traduction

L'arrivée de Peter

Mme Darling entendit parler de Peter pour la première fois tandis qu'elle s'efforçait de mettre un peu d'ordre dans l'esprit de ses enfants. C'est la coutume, le soir, chez toutes les bonnes mères, une fois leurs petits endormis, d'aller fureter dans leurs esprits et d'y faire du rangement pour le lendemain matin, remettre à leurs places respectives les innombrables choses et notions qui se sont égaillées, égarées durant la journée. Si vous pouviez rester éveillés (ce qui, bien sûr, est impossible), vous surprendriez votre propre mère se livrant à cette activité et vous l'observeriez avec le plus vif intérêt. c'est un peu comme mettre de l'ordre dans un tiroir. Vous la verriez à genoux, je suppose, penchée, souriante, sur tout ce que vous recelez, se demandant où diable vous avez pris cette idée, allant de surprise en surprise - pas toujours agréable - pressant ceci contre sa joue qui lui paraît aussi doux qu'un chaton, rejetant cela hors de sa vue.

Quand vous vous réveillez le matin, le mal et les passions mauvaises avec lesquelles vous vous êtes mis au lit ont été pliés avec soin et relégués au fond de votre esprit ; et par-dessus, bien aérées, sont étalées vos plus jolies pensées, prêtes à vous vêtir.
J'ignore si vous avez jamais vu la carte de l'esprit de quelqu'un. Les médecins, parfois, tracent des cartes d'autres parties de vous-même, ce qui peut se révéler des plus intéressants ; mais surprenez-les donc à tracer celle de l'esprit d'un enfant, qui est non seulement chaotique, mais ne cesse de battre la campagne ! Vous y verrez une foule de lignes en zigzag, tout comme celles de votre feuille de température, et sans doute s'agit-il des chemins sillonnant votre île, car le Pays de Nulle Part est toujours plus ou moins une île avec de merveilleuses éclaboussures de couleur çà et là, des récifs coraliens et, au large, de fins bateaux de pirates, des antres sauvages et solitaires, des gnomes (pour la plupart tailleurs), des grottes traversées de rivières, de jeunes princes avec six frères plus âgés, une cabane croulante et une très vieille dame au nez crochu. Ce serait tout compte fait une carte facile à dessiner si l'on s'en tenait là mais il y a aussi le premier jour à l'école, la religion, les prêtres, le bassin rond, les travaux d'aiguille, les meurtres, les pendaisons, les verbes irréguliers, le jour du gâteau au chocolat, les premières bretelles, dire trente-trois, six soux si tu t'arraches la dent tout seul, et ainsi de suite ; et tous ces éléments font partie de l'île à moins qu'ils ne composent une autre carte qui apparaît au travers, ce qui fait qu'on n'y comprend plus grand-chose, d'autant que tout cela est en perpétuel mouvement.
Bien sûr, le Pays de Nulle Part varie de l'un à l'autre. Dans celui de John, par exemple, on trouvait un lagon survolé de flamants roses sur lesquels John tirait à la carabine tandis que Michael, plus petit, avait un flamant au-dessus duquel volaient les lagons. John vivait sous la coque d'un bateau retourné sur le sable, Michael dans un wigwam, Wendy dans une maison de feuilles habilement cousues ensemble. John n'avait pas d'amis, Michael en avait le soir et Wendy s'occupait d'un bébé loup abandonné par ses parents ; mais dans l'ensemble, les divers Pays de Nulle Part conservaient un air de famille et si vous aviez pu les voir rangés côte à côte, vous auriez dit d'eux qu'ils avaient un peu le même nez, le même regard, et ainsi de suite. Nous aussi, nous y avons joué et nous avons encore dans les oreilles la rumeur du ressac, même si nous savons que nous n'y aborderons plus jamais.
De toutes les îles de délices, le Pays de Nulle part est le plus douillet et le plus dense, non pas étiré en longueur, figure-vous, avec de fastidieuses distances à parcourir entre deux aventures, mais délicieusement reclus sur lui-même. Quand vous y jouez le jour avec les chaises et la nappe, il n'y a rien d'inquiétant mais, durant les deux minutes qui précèdent le sommeil, il s'en faut de peu qu'il ne devienne réel. Et voilà pourquoi l'on a inventé les lampes. Parfois, au cours de ses voyages à travers les esprits de ses enfants, Mme Darling découvrait des choses incompréhensibles. Et la plus déroutante d'entre elles était le mot Peter. Elle ne connaissait aucun Peter, et pourtant il était bien là, dans l'esprit de John et de Michael, et commençait à apparaître en gribouillis dans celui de Wendy. Ce nom s'inscrivait en lettres plus grosses que celles de tous les autres mots et Mme Darling, en le considérant, lui trouva une allure effrontée.
- Oui, il est plutôt effronté, reconnu Wendy à regret.
Sa mère lui avait posé la question :
- Mais qui est-ce donc, mon petit chou ?
- C'est Peter Pan, tu sais bien, Maman.

(Trad. Henri Robillot pour Gallimard, 1988)

Posté par anlor, jeudi 20 novembre 2008 à 16:06

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