samedi 25 avril 2009
Paris. I - L'avenir (6)
[...]
Cette nation aura pour capitale Paris, et ne s'appellera
point la France ; elle s'appellera l'Europe.
Elle s'appellera l'Europe au vingtième siècle, et, aux
siècles suivants, plus transfigurée encore, elle s'appellera l'Humanité.
L'Humanité, nation définitive, est dès à présent entrevue
par les penseurs, ces contemplateurs des pénombres ; mais ce à quoi assiste le
dix-neuvième siècle, c'est à la formation de l'Europe.
Vision majestueuse. Il y a dans l'embryogénie des peuples,
comme dans celle des êtres, une heure sublime de transparence. Le mystère
consent à se laisser regarder. Au moment où nous sommes, une gestation auguste
est visible dans les flancs de la civilisation. L'Europe, une, y germe. Un
peuple, qui sera la France sublimée, est en train d'éclore. L'ovaire profond du
progrès fécondé porte, sous cette forme dès à présent distincte, l'avenir.
Cette nation qui sera palpite dans l'Europe actuelle comme l'être ailé dans la
larve reptile. Au prochain siècle, elle déploiera ses deux ailes, faites, l'une
de liberté, l'autre de volonté.
Le continent fraternel, tel est l'avenir. Qu'on en prenne
son parti, cet immense bonheur est inévitable.
Avant d'avoir son peuple, l'Europe a sa ville. De ce peuple
qui n'existe pas encore, la capitale existe déjà. Cela semble un prodige, c'est
une loi. Le fœtus des nations se comporte comme le fœtus de l'homme, et la
mystérieuse construction de l'embryon, à la fois végétation et vie, commence
toujours par la tête.
(in Actes et paroles - Depuis l'exile 1876-1885, Paris 3)
[Illustration : Un panneau de l'expo pour
le bicentenaire d'Hugo au Sénat, 2002]
Le texte en entier ici : I - L'AVENIR
Commentaires
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=380168&pid=13448966
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :






