UN TEXTE UN JOUR

Petite anthologie personnelle, en vers et en prose, d'ici et d'ailleurs, d'hier et d'aujourd'hui...

samedi 7 novembre 2009

A Mercy

A_mercy_copieTony Morrison, 1931-

[...] I walk the night through. Alone. It is hard without Sir's boots. Wearing them I could cross a stony riverbed. Move quickly through forests and down hills of nettles. What I read or cipher is useless now. Heads of dogs, garden snakes, all that is pointless. But my way is clear after losing you who I am thinking always as my life and my security from harm, from any who look closely at me only to throw me away. From all those who believe thet have claim and rule over me. I am nothing to you. You say I am wilderness. I am. Is that a tremble on your mouth, in your eyes? Are you afraid? You should be. The hammer strikes air many times before it gets to you where it dies in weakness. You wrestle it from me and toss it away. Our clashing is long. I bare my teeth to bite you, to tear you open. Malaik is screaming. You pull my arms behind me. I twist away and escape you. The tongues are there, close by. I am swinging and swinging hard. Seeing you stagger and bleed I run. Then walk. Then float. An ice floe cut away from the riverbank into deep winter. I have no shoes. I have no kicking heart no home no tomorrow. I walk the day. I walk the night. The feathers close. For now.

It is three months since I run from you and I never before see leaves make such blood and brass. Color so loud it hurts the eye and for relief I must stare at the heavens high above the tree line. At night when day-bright gives way to stars jeweling the cold black sky, I leave Lina sleeping and come to this room.

(in A Mercy, Knopf edition, 2008)

[Illustration : The Seattle Times]

Posté par an lor à 15:12 - MORRISON° - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

Traduction

[...] Je marche toute la nuit. Seule. C'est difficile sans les bottines de Sir. Avec elles, je pouvais traverser le lit caillouteux d'une rivière. Avancer rapidement dans les forêts et descendre des collines couvertes d'orties. Ce que je lis ou déchiffre est maintenant inutile. Les têtes de chien, les couleuvres rayées, tout cela n'a plus de sens. Mais ma route est claire maintenant que je t'ai perdu toi que je pense toujours être toute ma vie et ce qui me protège de tout mal, de tous ceux qui me regardent de près uniquement pour me rejeter ensuite. De tous ceux qui croient avoir une légitimité à me posséder ou à me diriger. Je ne suis rien pour toi. Tu dis que je suis la sauvagerie incarnée. Je le suis. Est-ce un tremblement sur ta bouche, dans ton œil ? As-tu peur ? Tu devrais. Le marteau frappe l'air plusieurs fois avant de t'atteindre et de mourir là de faiblesse. Tu te bats pour me l'arracher et le jeter au loin. Notre lutte est longue. Je montre les dents pour te mordre, pour te déchirer. Malaik hurle. Tu me tires les bras dans le dos. Je me tords pour t'échapper. Les tenailles sont là, tout près. Tout près. Je les balance, je les balance avec force. En te voyant tituber et saigner, je cours. Puis je marche. Puis je flotte. Une congère qui s'est détachée de la rive au creux de l'hiver. Je n'ai pas de chaussures. Je n'ai pas de cœur battant pas de maison pas de demain. Je marche le jour. Je marche la nuit. Les plumes se replient. Pour le moment.

Cela fait trois mois que je t'ai fui en courant et je n'ai encore jamais vu des feuilles produire autant de sang et de cuivre. Des couleurs si fortes qu'elles font mal aux yeux et que pour me soulager je dois regarder le ciel bien au-dessus de la cime des arbres. La nuit, quand la lumière du jour cède la place aux étoiles qui parent le ciel noir et froid comme autant de bijoux, je quitte Lina endormie et viens dans cette pièce. [...]

(Un Don, avant-dernier chapitre. Trad. Anne Wicke pour Christian Bourgois éditeur, 2009)

Posté par an lor, mercredi 11 novembre 2009 à 13:48

Posséder ou diriger

"De tous ceux qui croient avoir une légitimité à me posséder ou à me diriger".
Je ne saurais te faire la leçon puisque tu as lié ces deux écrivaines qui se jettent dans le vide quand elles écrivent et partagent le même combat.
Toni Morrison, Marie Ndiaye. La prix Goncourt a été (très peu et minablement) critiquée pour certaines déclarations sur l'état de la France en Sarkozy, mais la prix Nobel n'en a pas dit beaucoup moins. Belle solidarité littéraire, belles femmes, dans tous les sens de ces termes.

Tout a été dit de l'imbécile polémique née de la lecture approximative d'une revue culturelle par un vague député-maire UMP de Seine-Saint-Denis pour qui la culture, bof, c'est comme un croissant de la veille, à jeter ou à consommer en maugréant.

Le texte de Toni M. traduit en français est presque aussi beau que celui écrit dans sa langue.

Posté par Michel, dimanche 15 novembre 2009 à 00:33

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