UN TEXTE PAR JOUR

PETITE ANTHOLOGIE EN VERS ET EN PROSE

samedi 31 mai 2008

Le poème

Adonis, 1930-

J'entends la voix du temps :
Le poème - une main de-ci, de-là
Le poème - deux yeux qui interrogent

L'églantier a-t-il fermé
   la porte de sa cabane
L'homme a-t-il ouvert
   une brèche nouvelle

Une main ici, là-bas
Et la distance oscille entre enfant
   et victime
Afin que vienne l'étoile cachée
Et que le monde retourne
   à la transparence

(in Le théâtre et les miroirs, trad. Anne Wade Winkowski)

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lundi 17 décembre 2007

Parcours

Adonis

Je marche et derrère moi marchent les étoiles
vers des lendemains d'étoiles,
le secret la mort tout ce qui naît et la fatigue
font mourir mes pas font vivre mon sang

mon chemin n'a pas commencé
aucun gisement en vue --
je marche vers moi
et vers tout ce qui vient
je marche et derrière moi marchent les étoiles

(in Poèmes pour l'amour et la mort, trad. de l'arabe A. Vetter)

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mercredi 14 novembre 2007

L'espace tisse l'interprétation

Adonis, 1930-

II

Enfant
tu entres dans Marrakech entouré d'un cortège d'arbres et d'herbes
l'avant-garde des palmiers te salue
et toute branche est coronne de feu
prends soin de ne pas apostasier !

Ô printemps, l'automne est ta braise
Automne, le printemps est ton eau

Soudain
la pluie s'effrange devant un palmier souffrant
elle commence à boire les prémces de la soif

inquiétude dans la corolle
quiétude dans la racine

et j'entends un semblant de parole : aujourd'hui la lune
descend dans la cité rendre visite aux pauvres, ses amis

Delacroix1

III

Tu es saisi par les cuivres des visages
par une misère vrllée autour des hanches
par des voix emplissant les rues
par des tapis que trouent les ongles de la canicule

Et que dit

Le cireur de chaussures à ce caftan doré ?
Que murmure le laitier à cette tour de ciment ?
Pourquoi ces chaussées ressemblent-elles à des juments épuisées
Portant des étendards en berne ?
Et quand tu verras le solel couchant tirallé entre l'Atlas et la Méditerranée
Il te paraîtra en rélité corps de femme que se disputent deux lits amoureux

IV

Place Jema'a el-Fna --
Aube au commencement de la nuit
.... ou atome de poussière soulevé par les pieds
.... heurtant le crépuscule ?
[...]

(Le Temps des villes, trad. de l'Arabe : Anne Wade Minkowski)

[Delacroix, "Porte dans la muraille, tombeau avec fontaine"]

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