UN TEXTE UN JOUR

Petite anthologie personnelle, en vers et en prose, d'ici et d'ailleurs, d'hier et d'aujourd'hui...

vendredi 12 juin 2009

Comment les princes doivent tenir leur parole

Nicolas Machiavel, 1469-1527

Chacun comprend combien il est louable pour un prince d’être fidèle à sa parole et d’agir toujours franchement et sans artifice. De notre temps, néanmoins, nous avons vu de grandes choses exécutées par des princes qui faisaient peu de cas de cette fidélité et qui savaient en imposer aux hommes par la ruse. Nous avons vu ces princes l’emporter enfin sur ceux qui prenaient la loyauté pour base de toute leur conduite.

On peut combattre de deux manières : ou avec les lois, ou avec la force. La première est propre à l’homme, la seconde est celle des bêtes ; mais comme souvent celle-là ne suffit point, on est obligé de recourir à l’autre : il faut donc qu’un prince sache agir à propos, et en bête et en homme. C’est ce que les anciens écrivains ont enseigné allégoriquement, en racontant qu’Achille et plusieurs autres héros de l’antiquité avaient été confiés au centaure Chiron, pour qu’il les nourrît et les élevât.

Par là, en effet, et par cet instituteur moitié homme et moitié bête, ils ont voulu signifier qu’un prince doit avoir en quelque sorte ces deux natures, et que l’une a besoin d’être soutenue par l’autre. Le prince devant donc agir en bête, tâchera d’être tout à la fois renard et lion : car, s’il n’est que lion, il n’apercevra point les pièges ; s’il n’est que renard, il ne se défendra point contre les loups ; et il a également besoin d’être renard pour connaître les pièges, et lion pour épouvanter les loups. Ceux qui s’en tiennent tout simplement à être lions sont très malhabiles.

Un prince bien avisé ne doit point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et que les raisons qui l’ont déterminé à promettre n’existent plus : tel est le précepte à donner. Il ne serait pas bon sans doute, si les hommes étaient tous gens de bien ; mais comme ils sont méchants, et qu’assurément ils ne vous tiendraient point leur parole, pourquoi devriez-vous leur tenir la vôtre ? Et d’ailleurs, un prince peut-il manquer de raisons légitimes pour colorer l’inexécution de ce qu’il a promis ?

À ce propos on peut citer une infinité d’exemples modernes, et alléguer un très grand nombre de traités de paix, d’accords de toute espèce, devenus vains et inutiles par l’infidélité des princes qui les avaient conclus. On peut faire voir que ceux qui ont su le mieux agir en renard sont ceux qui ont le plus prospéré.

Mais pour cela, ce qui est absolument nécessaire, c’est de savoir bien déguiser cette nature de renard, et de posséder parfaitement l’art et de simuler et de dissimuler. Les hommes sont si aveugles, si entraînés par le besoin du moment, qu’un trompeur trouve toujours quelqu’un qui se laisse tromper.

Parmi les exemples récents, il en est un que je ne veux point passer sous silence.

Alexandre VI ne fit jamais que tromper ; il ne pensait pas à autre chose, et il en eut toujours l’occasion et le moyen. Il n’y eut jamais d’homme qui affirmât une chose avec plus d’assurance, qui appuyât sa parole sur plus de serments, et qui les tint avec moins de scrupule : ses tromperies cependant lui réussirent toujours, parce qu’il en connaissait parfaitement l’art.

Ainsi donc, pour en revenir aux bonnes qualités énoncées ci-dessus, il n’est pas bien nécessaire qu’un prince les possède toutes ; mais il l’est qu’il paraisse les avoir. J’ose même dire que s’il les avait effectivement, et s’il les montrait toujours dans sa conduite, elles pourraient lui nuire, au lieu qu’il lui est toujours utile d’en avoir l’apparence. Il lui est toujours bon, par exemple, de paraître clément, fidèle, humain, religieux, sincère ; il l’est même d’être tout cela en réalité : mais il faut en même temps qu’il soit assez maître de lui pour pouvoir et savoir au besoin montrer les qualités opposées.

On doit bien comprendre qu’il n’est pas possible à un prince, et surtout à un prince nouveau, d’observer dans sa conduite tout ce qui fait que les hommes sont réputés gens de bien, et qu’il est souvent obligé, pour maintenir l’État, d’agir contre l’humanité, contre la charité, contre la religion même. Il faut donc qu’il ait l’esprit assez flexible pour se tourner à toutes choses, selon que le vent et les accidents de la fortune le commandent ; il faut, comme je l’ai dit, que tant qu’il le peut il ne s’écarte pas de la voie du bien, mais qu’au besoin il sache entrer dans celle du mal.

Il doit aussi prendre grand soin de ne pas laisser échapper une seule parole qui ne respire les cinq qualités que je viens de nommer ; en sorte qu’à le voir et à l’entendre on le croie tout plein de douceur, de sincérité, d’humanité, d’honneur, et principalement de religion, qui est encore ce dont il importe le plus d’avoir l’apparence : car les hommes, en général, jugent plus par leurs yeux que par leurs mains, tous étant à portée de voir, et peu de toucher. Tout le monde voit ce que vous paraissez ; peu connaissent à fond ce que vous êtes, et ce petit nombre n’osera point s’élever contre l’opinion de la majorité, soutenue encore par la majesté du pouvoir souverain.

Au surplus, dans les actions des hommes, et surtout des princes, qui ne peuvent être scrutées devant un tribunal, ce que l’on considère, c’est le résultat. Que le prince songe donc uniquement à conserver sa vie et son État : s’il y réussit, tous les moyens qu’il aura pris seront jugés honorables et loués par tout le monde. Le vulgaire est toujours séduit par l’apparence et par l’événement : et le vulgaire ne fait-il pas le monde ? Le petit nombre n’est écouté que lorsque le plus grand ne sait quel parti prendre ni sur quoi asseoir son jugement.

De notre temps, nous avons vu un prince qu’il ne convient pas de nommer, qui jamais ne prêcha que paix et bonne foi, mais qui, s’il avait toujours respecté l’une et l’autre, n’aurait pas sans doute conservé ses États et sa réputation.

(in Le Prince, chap. XVIII)

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samedi 21 mars 2009

Fatrasie

Philippe de Beaumanoir, 1250-1296
Et les voix de Sapho et d'Alain Bashung

(in Anthologie de la poésie française, Tome 1- De la chanson de Roland à Ronsard, Editions Theleme, 2002. Avec les voix de Bashung & Sapho.)
source : megaupload.com

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jeudi 19 mars 2009

La révolte des paysans

Robert Wace, c. 1100-1175
Et la voix d'Alain Bashung

(in Anthologie de la poésie française, Tome 1- De la chanson de Roland à Ronsard, Éditions Theleme, 2002. Avec les voix de Bashung & Sapho.)
source : megaupload.com

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mardi 17 mars 2009

Chanter ne peut guère valoir

Bernard de Ventadour, c.1145-c.1195
Et la voix d'Alain Bashung


Le texte ici (sur google books)

(in Anthologie de la poésie française, Tome 1- De la chanson de Roland à Ronsard, Éditions Theleme, 2002. Avec les voix de Bashung & Sapho.)
source : megaupload.com

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lundi 16 mars 2009

Epitaphe et rondeau

François Villon, 1431-?
Par la voix d'Alain Bashung

Ci gît et dort en ce solier,
Qu'amour occit de son raillon,
Un pauvre petit écolier
Qui fut nommé François Villon.
Oncques de terre n'eut sillon.
Il donna tout, chacun le sait :
Table, tréteaux, pain, corbillon.
Pour Dieu, dites-en ce verset :

Repos éternel donne à cil,
Sire, et clarté perpétuelle,
Qui vaillant plat ni écuelle
N'eut oncques, n'un brin de persil.

Il fut rés, chef, barbe et sourcils,
Comme un navet qu'on ret ou pèle.
Repos éternel donne à cil.

Rigueur le transmit en exil
Et lui frappa au cul la pelle,
Nonobstant qu'il dît : " J'en appelle ! "
Qui n'est pas terme trop subtil.
Repos éternel donne à cil.

(in Anthologie de la poésie française, Tome 1- De la chanson de Roland à Ronsard, Editions Theleme, 2002. Avec les voix de Bashung & Sapho.
source : megaupload.com)

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jeudi 24 juillet 2008

Le Roman de la Rose (incipit)

Guillaume de Lorris, c. 1200-c. 1238

Ci est le Roman de la Rose,
Où l'art d'Amour est toute enclose.

roman_de_la_roseMaintes gens disent que les songes
Ne sont que fables et mensonges ;
Mais on peut tel songe songer,
Qui ne soit certes mensonger
Et par la suite vrai se treuve.
Moult évidente en est la preuve
Dans la fameuse vision
Advenue au roi Scipion,
Dont Macrobe écrivit l'histoire ;
Car aux songes il daignait croire.
Bien plus, si quelqu'un pense ou dit
Que soit sottise ou fol esprit
De croire qu'ils se réalisent,
Eh bien, que ceux-là fol me disent ;
Car je crois, moi, sincèrement
Qu'un songe est l'avertissement
Des biens et maux qui nous attendent ;
Et maints avoir songé prétendent
La nuit choses confusément,
Qu'on voit ensuite clairement.

J'avais vingt ans ; c'est à cet âge
Qu'Amour prend son droit de péage
Sur les jeunes coeurs. Sur mon lit
Étendu j'étais une nuit,
Et dormais d'un sommeil paisible.
Lors je vis un songe indicible,
En mon sommeil, qui moult me plut ;
Mais nulle chose n'apparut
Qui ne m'advint tout dans la suite,
Comme en ce songe fut prédite.
Or veux ce songe rimailler
Pour vos coeurs plus faire égayer ;
Amour m'en prie et me commande ;
Et si nul ou nulle demande
Sous quel nom je veux annoncer
Ce Roman qui va commencer :
Ci est le roman de Rose
Où l'art d'Amour est toute enclose.
La matière de ce Roman
Est bonne et neuve assurément ;
Mon Dieu ! que d'un bon oeil le voie
Et que le reçoive avec joie
Celle pour qui je l'entrepris ;
C'est celle qui tant a de prix
Et tant est digne d'être aimée,
Qu'elle doit Rose être nommée.
Il est bien de cela cinq ans ;
C'était en mai, amoureux temps
Où tout sur la terre s'égaie ;
Car on ne voit buisson ni haie
Qui ne se veuille en mai fleurir
Et de jeune feuille couvrir.
Les bois secs tant que l'hiver dure
En mai recouvrent leur verdure ;

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mardi 22 juillet 2008

La dame qui fit trois fois le tour de l'église

Rutebeuf, c. 1230-c. 1285

Celui qui voudrait berner une femme,
je vais lui faire bien voir
qu'il bernerait plutôt notre ennemi,
le diable, au cours d'un combat à outrance.
Si on veut régenter une femme,
on peut la mettre en pièces tous les jours :
le lendemain elle est en pleine forme
pour recevoir le même châtiment.
Mais quand une femme a pour mari un brave sot

et qu'elle veut tirer de lui quoi que ce soit,
elle lui dit tant de bourdes,
de blagues, de sottises
qu'elle finit par lui faire croire
que le ciel demain sera réduit en cendre.
Ainsi elle gagne la partie.
Je dis cela à cause d'une dame
qui était la femme d'un écuyer
vers Chartres ou Bourges, je ne sais.
Cette dame, c'est la pure vérité,
était la maîtresse d'un prêtre.
Il l'aimait beaucoup et elle le lui rendait,
personne ne l'aurait fait renoncer
à satisfaire ses désirs,
quel que soit celui qui pût en souffrir.
Un jour, à la sortie de l'église,
- le prêtre avait dit sa messe
et donné ses ornements à ranger -
il alla demander à la dame
de venir ce soir-là dans un bosquet :
il voulait lui parler d'une affaire ;
je ne crois pas que je gagnerais beaucoup
à vous dire laquelle.
La dame répondit au prêtre :
"Seigneur, me voici toute prêtre,
car c'est vraiment le bon moment :
il n'est pas à la maison."
Il n'y avait qu'un seul inconvénient
dans cette aventure,
c'est que les maisons n'étaient pas
à deux pas l'une de l'autre :
il y avait bien (quel ennui pour eux !)
le tiers d'une lieue française.
Chacune était close d'une haie d'épine,
comme ces maisons du Gâtinais.
Quant au bosquet dont je vous parle,
il appartenait à cet excellent homme
qui devait un cierge à saint Arnoul.
Le soir, alors qu'on voyait déjà mainte étoile

dans le ciel, à ce qu'il me semble,
le prêtre sortit de chez lui
et vint s'asseoir dans le bosquet,
de façon que nul ne puisse le voir.
Mais pour la dame les choses se passèrent mal,

car sire Arnoul, son mari, arriva,
tout mouillé et tout gelé ;
je ne sais où il était allé.
Cela l'obligea à rester chez elle.
Pensant à son prêtre,
elle prépara le repas en hâte :
elle ne voulait pas le faire veiller.
Il n'y eut donc pas trois ou quatre services !
Après dîner, elle ne le laissa pas longtemps

prendre ses aises, je peux vous le dire.
Elle ne cessait de lui dire : "Cher seigneur,
allez vous coucher, vous ferez bien :
veiller est on ne peut plus mauvais
quand on est fatigué :
vous avez beaucoup chevauché. "
Elle l'invite tant à aller se coucher
qu'il s'en faut de peu qu'elle l'envoie au lit
la bouche pleine,
si grand est son désir de s'échapper.
L'excellent écuyer va se coucher
et appelle sa femme,
parce qu'il l'aime beaucoup et en fait grand cas.

"Seigneur, dit-elle, je manque de fil
pour une toile que je tisse ;
j'en ai encore besoin de beaucoup.
Je n'y ai pas pris garde,
et je n'en trouve pas un bout à acheter.
Par Dieu, je ne sais que faire.
- Au diable votre filasse,
dit l'écuyer.
Par la foi que je dois à l'apôtre saint Paul,
je voudrais qu'elle fût au fond de la Seine !"
Là-dessus il se couche, fait son signe de croix ;
quant à elle, elle sort de la chambre.

Elle ne s'est guère accordée de repos
jusqu'à ce qu'elle arrive là où l'autre l'attend.
Ils se tendent les bras l'un à l'autre :
ils goûtèrent le plaisir en ce lieu
jusqu'à près de minuit.
Le mari s'éveille de son premier somme
et s'étonne beaucoup
de ne pas sentir sa femme près de lui.

"Chambrière, où est ta maîtresse ?
- Elle est sortie pour aller à la ville
chez sa commère, où elle file."
En entendant qu'elle était sortie,
à la vérité, il a fait la tête.
Il passe un vêtement, se lève
et va chercher sa femme.
Il la demande chez sa commère
sans trouver personne qui lui en donne des
nouvelles,
car elle n'y avait pas été.
Le voilà fou furieux.
Il passa près de ceux qui étaient dans le bosquet

à l'aller et au retour. Ils ne bougèrent pas.
Et quand il fut passé :
"Seigneur, dit-elle, cela suffit,
il faut maintenant que je m'en aille.
- Vous allez entendre tapage et querelle,
fait le prête. Elle me tue,
la pensée que vous serez tellement battue.
- Ne vous occupez pas de moi,
monsieur le prêtre, prenez soin de vous-même",

dit la dame en souriant.
Qu'irais-je inventer ?
Chacun rentra chez soi.
Le mari qui était couché ne put se taire :
M
adame, sale putain, et convaincue du fait,
ne soyez pas la bienvenue !
dit l'écuyer. D'où venez-vous ?
On voit bien que vous me prenez pour un idiot."

Comme elle se tait, sa colère redouble :
"Ca alors ! par le sang et par le foie,
par les tripes et par la tête,
elle vient de chez notre curé !"
Il dit ainsi la vérité sans le savoir.
Elle se taisait, ne disait pas un mot.
En voyant qu'elle ne se défend pas,
il est prêt de crever de fureur,
car il croit bien, en parlant au hasard,
avoir dit la vérité pure.
La colère le taraude et le brûle.
Il prend sa femme par les tresses
et tire son couteau pour les lui couper.
"Seigneur, dit-elle, au nom de Dieu,
il faut bien à présent que je vous dise tout :
(Vous allez voir cette fourberie !)
j'aimerais mieux être dans la tombe.
La vérité est que je suis enceinte de vous ;
on m'a dit d'aller faire le tour
de l'église trois fois
sans parler, de dire trois Pater
en l'honneur de Dieu et des apôtres,
de creuser un trou avec mon talon
et de revenir pendant trois jours :
si le troisième jour je le trouvais ouvert,
j'aurais un garçon,
s'il était refermé, ce serait une fille.
A présent tout ce que j'ai fait,
conclut la dame, ne vaut plus une guigne.
Mais, par saint Jacques, je recommencerai,

même si vous deviez me tuer."
Le mari alors, faisant volte face,
a quitté la voie où il s'était engagé
et a changé de discours :
"Madame, dit-il, qu'est-ce que je savais, moi,
de votre expédition ?
Si j'avais su la vérité de l'affaire
que je vous reproche et dont je vous blâme à tort,
je n'en aurais pas dit un mot,
ou sinon que je meure avant ce soir !"
Ils se taisent alors et font la paix :
le mari n'en parlera plus jamais.
Quoi que sa femme fasse,
elle n'entendra plus ni cris ni menaces.  

Rutebeuf dit dans ce fabliau :
la femme d'un sot a tout ce qu'il lui faut.

(Texte établi et trad. par Michel Zink, pour Gallica)

Le texte original en vieux français

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vendredi 16 mai 2008

Ballade des Dames du temps jadis

François Villon, 1431-?

Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la roine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

La roine Blanche comme un lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietrix, Aliz,
Haramburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souvraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d'antan ?

- - - - - - - - - -

Ecouter Brassens :

boomp3.com

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mercredi 9 avril 2008

Ballade de merci

François Villon, 1431-?

A Chartreux et à Célestins,
A Mendiants et à Dévotes,
A musards et claquepatins,
A servants et filles mignottes
Portants surcots et justes cottes,
A cuidereaux d'amour transis,
Chaussant sans méhaing fauves bottes,
Je crie à toutes gens mercis.

A fillettes montrant tétins,
Pour avoir plus largement hôtes,
A ribleurs, mouveurs de hutins
A bateleurs trayant marmottes,
A fous, folles, à sots, à sottes,
Qui s'en vont sifflant six à six
A vessies et mariottes,
Je crie à toutes gens mercis,

Sinon aux traîtres chiens mâtins
Qui m'ont fait ronger dures crôtes,
Mâcher maints soirs et maints matins,
Qu'ores je ne crains trois crottes.
Je fisse pour eux pets et rottes ;
Je ne puis, car je suis assis.
Au fort, pour éviter riottes,
Je crie à toutes gens mercis.

Qu'on leur froisse les quinze côtes
De gros maillets forts et massis,
De plombées et tels pelotes.
Je crie à toutes gens mercis.

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jeudi 20 mars 2008

Le printemps

AvrilCharles d'Orléans, 1391-1465

Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie
Et s'est vêtu de broderies,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n'y a ni bête, ni oiseau
Qu'en son langage ne chante ou crie
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie.

Rivières, fontaines et ruisseaux
Portent en livrée jolie,
Gouttes d'argent, d'orfèvrerie
Chacun s'habille de nouveau.

[Illustration : Les Très riches heures du Duc de Berry - Avril]

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