UN TEXTE UN JOUR

Petite anthologie personnelle, en vers et en prose, d'ici et d'ailleurs, d'hier et d'aujourd'hui...

jeudi 2 avril 2009

Roman

Arthur Rimbaud, 1854-1891

I
On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière...

II
-Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche...

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête ...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête ...

III
Le cœur fou Robinsonne à travers les romans,
Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux col effrayant de son père ...

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif ...
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines ...

IV
Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire !...

- Ce soir-là,... - vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
- On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.

(in Poésies, 29 septembre 1870.)

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Écouter Léo Ferré :

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dimanche 22 mars 2009

Quand vous serez bien vieille... (Sonnets pour Hélène)

Pierre de Ronsard, 1524-1585
Et la voix d'Alain Bashung

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise aupres du feu, devidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant :
Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.
 
Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Desja sous le labeur à demy sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant,
Benissant vostre nom de louange immortelle.
 
Je seray sous la terre et fantaume sans os :
Par les ombres myrteux je prendray mon repos :
Vous serez au fouyer une vieille accroupie,
 
Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie.

(in Anthologie de la poésie française, Tome 1- De la chanson de Roland à Ronsard, Editions Theleme, 2002. Avec les voix de Bashung & Sapho.)

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samedi 21 mars 2009

Fatrasie

Philippe de Beaumanoir, 1250-1296
Et les voix de Sapho et d'Alain Bashung

(in Anthologie de la poésie française, Tome 1- De la chanson de Roland à Ronsard, Editions Theleme, 2002. Avec les voix de Bashung & Sapho.)
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vendredi 20 mars 2009

Des vents émus la rage impétueuse... (L'Olive)

Joachim du Bellay, 1522-1560
Par la voix d'Alain Bashung

Des vents émus la rage impétueuse
Un voile noir étendait par les cieux,
Qui l'horizon jusqu'aux extrêmes lieux
Rendait obscur, et la mer fluctueuse.

De mon soleil la clarté radieuse
Ne daignait plus apparaître à mes yeux,
Ainsi m'annonçaient les flots audacieux
De tous côtés une mort odieuse

Une peur froide avait saisi mon âme
Voyant ma nef en ce mortel danger,
Quand de la mer la fille je réclame,

Lors tout soudain je vois le ciel changer,
Et sortir hors de leurs nébuleux voiles
Ces feux jumeaux, mes fatales étoiles.

(in Anthologie de la poésie française, Tome 1- De la chanson de Roland à Ronsard, Editions Theleme, 2002. Avec les voix de Bashung & Sapho.)

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jeudi 19 mars 2009

La révolte des paysans

Robert Wace, c. 1100-1175
Et la voix d'Alain Bashung

(in Anthologie de la poésie française, Tome 1- De la chanson de Roland à Ronsard, Éditions Theleme, 2002. Avec les voix de Bashung & Sapho.)
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mercredi 18 mars 2009

Contre quelques-uns qui le blâmaient de suivre la poésie

Jacques Tahureau, 1527-1555
Et la voix d'Alain Bashung

D'où vient cela que l'envieuse rage,
Qui les cœurs ronge, entreprend de blâmer
Mes ans oisifs, et les vers un ouvrage
D'un pauvre esprit et paresseux nommer,

En m'accusant que je ne suis la trace,
Étant dispos, de mes nobles aïeux,
Qui ont conquis par la poudreuse place
Et par le sang maint loyer vertueux ?

Ou bien pourquoi me reprend-elle d'être
Si peu soigneux d'étudier la loi,
Pour l'aller vendre au palais, qui fait naître
Un bruit confu et mercenaire aboi ?

Telle entreprise en vain tant estimée
Ne fuit de mort les accidents divers;
Mais j'aurai bien une autre renommée
Dont je vivrai sans fin en l'univers.

Pindare vit et du divin Horace
Encores n'est aboli le renom,
Et ne mourra jamais la haute grâce
Du Mantouan, célèbre par son nom.

Qui priserait d'Achille la vaillance,
Si le poète aveugle n'eût tranché
L'aile envieuse à l'endormi silence,
Dessous laquelle il fût sans lui caché?

Qui nous ferait admirer la sagesse
Le tant divin et prévoyant esprit
Du caut Ulysse, honoré par la Grèce,
S'il n'était vu dépeint au même écrit?

Pendant qu'amour d'une flèche dorée
De la jeunesse enflammera les cœurs,
Des amoureux la plume enamourée,
Vivra toujours entre cent mille honneurs.

Du vieil Ennie et de Vare sans cesse
Le grand renom immortel se dira,
Et les beaux vers de ce hautain Lucrèce
Lors périront quand ce tout périra.

Le style aussi du doux coulant Ovide,
Tout doucement par nombres mesuré,
Jamais de gloire et los ne sera vide,
Contre le heurt de tout temps assuré.

De quoi le Loir, de quoi s'enfle la Loire,
Sinon du bruit débordant en tous lieux
De son Ronsard et du Bellay, sa gloire,
Pour les porter d'ici là-haut aux cieux?

Doncques, pourquoi ne pourrai-je bien être
L'honneur du Maine et de Sarthe nommé,
Pour avoir un des premiers fait connaître
En ce lieu-là le luc bien animé?

Que tous les rois et leur gloire étoffée
Cèdent adonc aux hommes bien disants,
Dont les écrits leur haussent un trophée
Pour se venger du long oubli des ans.

Que l'ignorant prise la chose basse;
Mais le mari des Muses bien appris,
Aura toujours cette hautaine grâce
Qu'il ne voudra que celle de grand prix.

Quant est de moi, rien plus je ne souhaite
Que d'Apollon me voir favoriser,
Et pour me voir son excellent poète,
Pouvoir de l'eau d'Hélicon épuiser;

A celle fin qu'une belle couronne
Ceigne mon front de laurier couronné,
Et que l'honneur qu'aux beaux écrits on donne
Soit quelquefois à mon livre donné.

Pendant qu'on vit, la pâlissante envie
Des bons esprits aboie le renom :
Mais tôt après, se finissant la vie,
On leur voit rendre un perdurable nom.

J'espère bien, mêmes après l'audace
Et de la mort et du temps oublieux,
Que mes écrits gagneront quelque place,
Malgré l'aboi de ces chiens envieux.

(in Anthologie de la poésie française, Tome 1- De la chanson de Roland à Ronsard, Editions Theleme, 2002. Avec les voix de Bashung & Sapho.)

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mardi 17 mars 2009

Chanter ne peut guère valoir

Bernard de Ventadour, c.1145-c.1195
Et la voix d'Alain Bashung


Le texte ici (sur google books)

(in Anthologie de la poésie française, Tome 1- De la chanson de Roland à Ronsard, Éditions Theleme, 2002. Avec les voix de Bashung & Sapho.)
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lundi 16 mars 2009

Epitaphe et rondeau

François Villon, 1431-?
Par la voix d'Alain Bashung

Ci gît et dort en ce solier,
Qu'amour occit de son raillon,
Un pauvre petit écolier
Qui fut nommé François Villon.
Oncques de terre n'eut sillon.
Il donna tout, chacun le sait :
Table, tréteaux, pain, corbillon.
Pour Dieu, dites-en ce verset :

Repos éternel donne à cil,
Sire, et clarté perpétuelle,
Qui vaillant plat ni écuelle
N'eut oncques, n'un brin de persil.

Il fut rés, chef, barbe et sourcils,
Comme un navet qu'on ret ou pèle.
Repos éternel donne à cil.

Rigueur le transmit en exil
Et lui frappa au cul la pelle,
Nonobstant qu'il dît : " J'en appelle ! "
Qui n'est pas terme trop subtil.
Repos éternel donne à cil.

(in Anthologie de la poésie française, Tome 1- De la chanson de Roland à Ronsard, Editions Theleme, 2002. Avec les voix de Bashung & Sapho.
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lundi 3 novembre 2008

The Ghost of Tom Joad

Bruce Springsteen, b. 1949

Man walkin' 'long the railroad tracks
Goin' someplace there's no goin' back
Highway patrol choppers comin' up over the ridge.

Hot soup on a campfire under the bridge
Shelter line stretchin' 'round the corner
Welcome to the new world order
Families sleepin' in their cars in the Southwest
No home no job no peace no rest.

homelesscampThe highway is alive tonight
But nobody's kiddin' nobody about where it goes
I'm sittin' down here in the campfire light
Searchin' for the ghost of Tom Joad.

He pulls a prayerbook out of his sleeping bag
Preacher lights up a butt and takes a drag
Waitin' for when the last shall be first and the first shall be last

In a cardboard box neath the underpass
Got a one-way ticket to the promised land
You got a hole in your belly and a gun in your hand
Sleeping on a pillow of solid rock
Bathin' in the city aqueduct

The highway is alive tonight
Where it's headed everybody knows
I'm sittin' down here in the campfire light
Waitin' for the ghost of Tom Joad.

Now Tom said: "Mom, wherever there's a cop beatin' a guy
Wherever a hungry newborn baby cries
Where there's a fight 'gainst the blood and hatred in the air
Look for me Mom I'll be there

Wherever there's somebody fightin' for a place to stand
Or decent job or a helpin' hand
Wherever there's somebody struggling' to be free
Look in their eyes Mom you'll see me”

Well the highway is alive tonight
But nobody's kiddin' nobody about where it goes
I'm sittin' down here in the campfire light
Waitin' for the ghost of Tom Joad.

- - - - - - - - - -

Écouter Bruce Springsteen :

[Photo : "Jason McDaid", P. Rutherford, Arkansas Democrat-Gazette, 2007]

Voir une adaptation BD de cette chanson ici

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Tom Joad

Woody Guthrie, 1912-1967

Tom Joad got out of the old McAlester Pen;
There he got his parole.
After four long years on a man killing charge,
Tom Joad come a-walkin' down the road, poor boy,
Tom Joad come a-walkin' down the road.

Tom Joad, he met a truck driving man;
There he caught him a ride.
He said, "I just got loose from McAlester Pen
On a charge called homicide,
A charge called homicide."

That truck rolled away in a cloud of dust;
Tommy turned his face toward home.
He met Preacher Casey, and they had a little drink,
But they found that his family they was gone,
He found that his family they was gone.

He found his mother's old fashion shoe,
Found his daddy's hat.
And he found little Muley and Muley said,
"They've been tractored out by the cats,
They've been tractored out by the cats."

Grapes2Tom Joad walked down to the neighbor's farm,
Found his family.
They took Preacher Casey and loaded in a car,
And his mother said, "We've got to get away."
His mother said, "We've got to get away."

Now, the twelve of the Joads made a mighty heavy load;
But Grandpa Joad did cry.
He picked up a handful of land in his hand,
Said: "I'm stayin' with the farm till I die.
Yes, I'm stayin' with the farm till I die."

They fed him short ribs and coffee and soothing syrup;
And Grandpa Joad did die.
They buried Grandpa Joad by the side of the road,
Grandma on the California side,
They buried Grandma on the California side.

They stood on a mountain and they looked to the west,
And it looked like the promised land.
That bright green valley with a river running through,
There was work for every single hand, they thought,
There was work for every single hand.

The Joads rolled away to the jungle camp,
There they cooked a stew.
And the hungry little kids of the jungle camp
Said: "We'd like to have some, too."
Grapes3Said: "We'd like to have some, too."

Now a deputy sheriff fired loose at a man,
Shot a woman in the back.
Before he could take his aim again,
Preacher Casey dropped him in his track, poor boy,
Preacher Casey dropped him in his track.

They handcuffed Casey and they took him in jail;
And then he got away.
And he met Tom Joad on the old river bridge,
And these few words he did say, poor boy,
These few words he did say.

"I preached for the Lord a mighty long time,
Preached about the rich and the poor.
Us workin' folkses, all get together,
'Cause we ain't got a chance anymore.
We ain't got a chance anymore."

Now, the deputies come, and Tom and Casey run
To the bridge where the water run down.
But the vigilante thugs hit Casey with a club,
They laid Preacher Casey on the ground, poor Casey,
They laid Preacher Casey on the ground.

Tom Joad, he grabbed that deputy's club,
Hit him over the head.
Tom Joad took flight in the dark rainy night,
And a deputy and a preacher lying dead, two men,
A deputy and a preacher lying dead.

Grapes5Tom run back where his mother was asleep;
He woke her up out of bed.
An' he kissed goodbye to the mother that he loved,
Said what Preacher Casey said, Tom Joad,
He said what Preacher Casey said.

"Ever'body might be just one big soul,
Well it looks that a-way to me.
Everywhere that you look, in the day or night,
That's where I'm a-gonna be, Ma,
That's where I'm a-gonna be.

Wherever little children are hungry and cry,
Wherever people ain't free.
Wherever men are fightin' for their rights,
That's where I'm a-gonna be, Ma.
That's where I'm a-gonna be."

(in Dust Bowl Ballads, 1940)

[Photos: The Grapes of Wrath, John Ford, 1940]

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