UN TEXTE UN JOUR

Petite anthologie personnelle, en vers et en prose, d'ici et d'ailleurs, d'hier et d'aujourd'hui...

mardi 15 septembre 2009

Mouche, Neuilly-Saint-Front dans l'Oise, 1946

Willy Ronis, 1910-2009

Mouche__Oise__1946_Willy_Ronis

"Les nus de Ronis, dans leur extraordinaire naturel, sont sacrés. Ce sont des déesses toutes simples de passage dans le vingtième siècle. Il fallait être là pour les voir, à contre-courant de la dévastation générale. La clé est la pudeur qui (...) met la lenteur en chemin. Même prises au vol, ces femmes sont d'une merveilleuse lenteur. On dirait qu'elles dorment. Elles dorment, et quelqu'un les voit au-delà du sommeil."

Philippe Sollers


(Williy Ronis / Philippe Sollers, Nues, éd. terre bleue, 2008).

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samedi 28 mars 2009

To shoot pictures...

WendersEinmal3888149533Wim Wenders, b. 1945

[...]
The camera therefore is an eye
capable of looking forward and backward
at the same time.
Forwards, it does in fact "shoot a picture",
backwards, it records a vague shadow,
sort of an x-ray of the photographer's mind,
by looking straight through his (or her) eye
to the bottom of his (or her) soul.
Yes, forwards, a camera sees its subject,
backwards it sees the wish
to capture this particular subject in the first place,
thereby showing simultaneously THE THINGS
and THE DESIRE for them.
[...]

(in Once, Schimer Art Books, English translation from German by M. Kagerer, 2001)

[Photos : Wim Wenders, 1e de couverture de Once]

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vendredi 27 mars 2009

Traces à voir

Bande_info_petite

A voir, en rapport avec le colonialisme et ses suites :

L'expo photos du Sud Africain Guy Tillim à la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris jusqu'au 19 avril 2009 :

Jo'burg - Avenue Patrice Lumumba

+ Un post sur cette expo (comprenant quelques photos et des liens vers d'autres sites) :

Les petits pavés

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mardi 24 mars 2009

Scrute tes paupières...

René Char, 1907-1988

Char_Lettera_Amorosa2

"Scrute tes paupières", me disait ma mère, penchée sur mon avant-sommeil d'écolier. J'apercevais flottant un petit caillou, tantôt paresseux, tantôt strident, un galet pour verdir dans l'herbe. Je pleurais. Je l'eusse voulu dans mon âme, et seulement là.

(in Lettera amorosa, Ed. Gallimard, 1953)

[Gravure : Georges Braque]

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dimanche 16 novembre 2008

Portrait de Doisneau

Jacques Prévert, 1900-1977

Prevert_MER_DELes ténèbres ne sont jamais seules.
Rouges, les années-lumière les traversent, aussi quand les rideaux de la nuit sont tirés sur le silence du rêve ou l'oppressant tumulte de l'insomnie, l'être humain -- photographe sans le savoir -- développe, dans la chambre noire de sa mémoire, les images enregistrées au cours de sa journée. Alors, sur les papiers sensibles de son identité, frémissent les traits des choses et des gens qui l'ont frappé, ravi ou inquiété ou qui ont donné libre cours à son hilarité. Ainsi, dans son sommeil, les actualités se mêlent aux plus anciens et innombrables épisodes du film de sa vie. Et c'est parfois une histoire d'amour triste ou gaie, nue comme la main ou comme un corps aimé, ou bien un film d'épouvante auprès duquel le "plus épouvantable film d'épouvante in the World" est une bluette pour les moins de dix ans, et puis aussi de temps à autre une aventure burlesque à six queues et douze têtes, de quoi pleurer de rire ou bien rire de pleurer, mais où personne ne rit ni ne pleure jamais.
Enfin le réveil tinte, c'est la sonnette de l'entracte avec les vendeuses de pochettes-surprise glissant sous la porte le petit déjeuner, mais plus souvent encore les sirènes des usines à machines à tuer, comme dans les vrais cauchemars de la réalité.
Réveillé, debout, le photographe malgré lui, le bénévole opérateur du film de sa vie enchaîne ma-chi-na-le-ment ses rêves, les bons et les mauvais, en fondu enchaîné, à la réalité.
Et quand elle est mauvaise, la réalité du photographe amateur, et qu'il se trouve en présence d'un professionnel, d'un chasseur d'images comme on dit, et que celui-ci braque sur lui sa machine à dévisager, il met la main devant ses yeux, secouant la tête d'un geste dénégatoire et positivement négatif : propriété privée, chasse gardée, défense d'entrer ! Mais on raconte en Sologne que le gibier, s'il méprise le chasseur encore plus qu'il ne le redoute, a un petit faible pour le braconnier, qu'il le considère comme un frère et que s'il lui était donné de choisir, il préfèrerait passer par lui pour en finir avec sa brève destinée.
C'est pourquoi, quand le dormeur éveillé mais encore à demi plongé dans ses mille et une nuits rencontre Robert Doisneau qui lui sourit dans la pauvre lumière de la périphérie, il sourit aussi ou simplement le regarde avec une indifférence amusée et se laisse tirer le portrait.
Sans méfiance, car quelque chose lui dit qu'il est en pays de connaissance et qu'il a affaire à un compagnon du voyage, un compatriote de la vie.
Alors, du plus défait, du plus dévasté des visages, surgit une lueur presque heureuse, un flash, et la photo est d'une simplicité bouleversante tout simplement parce que le photographe a été bouleversé.
Et c'est encore le mystère de la chambre noire qu'aucun Rouletabille n'a jamais élucidé : tout comme un portrait à la main -- et que le peintre ou le photographe soit bon ou mauvais -- c'est toujours quelque part un autoportrait.
Le Rolleiflex ou la boîte de Pandore, ça sort de la même usine que personne n'a jamais trouvée.
Cela, Robert Doisneau le sait et quand il travaille à la sauvette, c'est avec un humour fraternel et sans aucun complexe de supériorité qu'il dispose son miroir aux alouettes, sa piègerie de braconnier et c'est toujours à l'imparfait de l'objectif qu'il conjugue le verbe photographier.

(in Robert Doisneau, Rue Jacques Prévert, hoëbeke 1992)

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Vers l'expo "Prévert, Paris la belle" à l'Hôtel de Ville de Paris

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mardi 4 novembre 2008

Once

Wim Wenders, b. 1945

Wenders2
[Hot Springs, Truth or Consequences, NM]

Once

I drove across Texas
for weeks.
If I was to define Texas by a single image
I'd say:
An old man with a cowboy hat.
Old cowboys
are the saddest
and most touching figures.

(in Once, ed. Schirmer Art Books, 2001)
Le site officiel de Wim Wenders ici

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lundi 3 novembre 2008

The Ghost of Tom Joad

Bruce Springsteen, b. 1949

Man walkin' 'long the railroad tracks
Goin' someplace there's no goin' back
Highway patrol choppers comin' up over the ridge.

Hot soup on a campfire under the bridge
Shelter line stretchin' 'round the corner
Welcome to the new world order
Families sleepin' in their cars in the Southwest
No home no job no peace no rest.

The highway is alive tonight
But nobody's kiddin' nobody about where it goes
I'm sittin' down here in the campfire light
Searchin' for the ghost of Tom Joad.

He pulls a prayerbook out of his sleeping bag
Preacher lights up a butt and takes a drag
Waitin' for when the last shall be first and the first shall be last

In a cardboard box neath the underpass
Got a one-way ticket to the promised land
You got a hole in your belly and a gun in your hand
Sleeping on a pillow of solid rock
Bathin' in the city aqueduct

The highway is alive tonight
Where it's headed everybody knows
I'm sittin' down here in the campfire light
Waitin' for the ghost of Tom Joad.

Now Tom said: "Mom, wherever there's a cop beatin' a guy
Wherever a hungry newborn baby cries
Where there's a fight 'gainst the blood and hatred in the air
Look for me Mom I'll be there

Wherever there's somebody fightin' for a place to stand
Or decent job or a helpin' hand
Wherever there's somebody struggling' to be free
Look in their eyes Mom you'll see me”

Well the highway is alive tonight
But nobody's kiddin' nobody about where it goes
I'm sittin' down here in the campfire light
Waitin' for the ghost of Tom Joad.

[Photo : "Jason McDaid", P. Rutherford, Arkansas Democrat-Gazette, 2007,]

Voir une adaptation BD de cette chanson ici

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Tom Joad

Woody Guthrie, 1912-1967

Tom Joad got out of the old McAlester Pen;
There he got his parole.
After four long years on a man killing charge,
Tom Joad come a-walkin' down the road, poor boy,
Tom Joad come a-walkin' down the road.

Tom Joad, he met a truck driving man;
There he caught him a ride.
He said, "I just got loose from McAlester Pen
On a charge called homicide,
A charge called homicide."

That truck rolled away in a cloud of dust;
Tommy turned his face toward home.
He met Preacher Casey, and they had a little drink,
But they found that his family they was gone,
He found that his family they was gone.

He found his mother's old fashion shoe,
Found his daddy's hat.
And he found little Muley and Muley said,
"They've been tractored out by the cats,
They've been tractored out by the cats."

Grapes2Tom Joad walked down to the neighbor's farm,
Found his family.
They took Preacher Casey and loaded in a car,
And his mother said, "We've got to get away."
His mother said, "We've got to get away."

Now, the twelve of the Joads made a mighty heavy load;
But Grandpa Joad did cry.
He picked up a handful of land in his hand,
Said: "I'm stayin' with the farm till I die.
Yes, I'm stayin' with the farm till I die."

They fed him short ribs and coffee and soothing syrup;
And Grandpa Joad did die.
They buried Grandpa Joad by the side of the road,
Grandma on the California side,
They buried Grandma on the California side.

They stood on a mountain and they looked to the west,
And it looked like the promised land.
That bright green valley with a river running through,
There was work for every single hand, they thought,
There was work for every single hand.

The Joads rolled away to the jungle camp,
There they cooked a stew.
And the hungry little kids of the jungle camp
Said: "We'd like to have some, too."
Grapes3Said: "We'd like to have some, too."

Now a deputy sheriff fired loose at a man,
Shot a woman in the back.
Before he could take his aim again,
Preacher Casey dropped him in his track, poor boy,
Preacher Casey dropped him in his track.

They handcuffed Casey and they took him in jail;
And then he got away.
And he met Tom Joad on the old river bridge,
And these few words he did say, poor boy,
These few words he did say.

"I preached for the Lord a mighty long time,
Preached about the rich and the poor.
Us workin' folkses, all get together,
'Cause we ain't got a chance anymore.
We ain't got a chance anymore."

Now, the deputies come, and Tom and Casey run
To the bridge where the water run down.
But the vigilante thugs hit Casey with a club,
They laid Preacher Casey on the ground, poor Casey,
They laid Preacher Casey on the ground.

Tom Joad, he grabbed that deputy's club,
Hit him over the head.
Tom Joad took flight in the dark rainy night,
And a deputy and a preacher lying dead, two men,
A deputy and a preacher lying dead.

Grapes5Tom run back where his mother was asleep;
He woke her up out of bed.
An' he kissed goodbye to the mother that he loved,
Said what Preacher Casey said, Tom Joad,
He said what Preacher Casey said.

"Ever'body might be just one big soul,
Well it looks that a-way to me.
Everywhere that you look, in the day or night,
That's where I'm a-gonna be, Ma,
That's where I'm a-gonna be.

Wherever little children are hungry and cry,
Wherever people ain't free.
Wherever men are fightin' for their rights,
That's where I'm a-gonna be, Ma.
That's where I'm a-gonna be."

(in Dust Bowl Ballads, 1940)

[Photos: The Grapes of Wrath, John Ford, 1940]

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dimanche 13 juillet 2008

Fontaine

Marcel Duchamp, 1887-1968

Duchamp_Fontaine

Fontaine, Marcel Duchamp, 1917

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vendredi 11 juillet 2008

Pensées sans langage

Francis Picabia, 1879-1953psl_couv

aujourd'hui et depuis longtemps
les ruisseaux ressemblent à des petites femmes
une joie de vivre rêvant tout haut
ça ne signifie rien
pour regarder ailleurs
religions égoïstes de l'humanité
mon visage ressemble aux ruisseaux
mais personne ne viendra
almanach secret des grandes aventures
dans l'escalier
je ne vois rien
mes amis savent tout
feuilles publiques des potins
fabricants de génies et d'imbéciles
opération de toilette
monstres assis dans des fauteuils
illimités

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